Wayne Shorter nous a quittés en mars 2023 à l’âge de 89 ans. Mais avant de disparaître, il avait commencé à faire le tri dans ses archives live qui devaient sortir après sa mort. Ce « Celebration » est le 1er volume de cette série car il s’est vite rendu de tout ce qu’il possédait comme enregistrements de grande qualité. Il s’agit d’un concert enregistré en 2014 au Stockholm Jazz Festival en Suède. Shorter y est accompagné de son groupe fétiche avec lequel il a donné des concerts phénoménaux dans les années 2000 : le pianiste Danilo Perez, le bassiste John Patitucci et à la batterie Brian Blade. L’osmose entre ces quatre musiciens est totale et fascinante, dans tous leurs enregistrements en public. Dans ses dernières années, Shorter repoussait les limites de la musique en la décloisonnant totalement : ça n’est plus totalement du jazz, ni de la musique classique, ni de la musique contemporaine en fait, c’est un peu tout ça à la fois et cette absence de frontières musicales rend cette création palpitante, un peu comme on assisterait à un spectacle d’acrobates perchés sur leur fil.
Ils interprètent des morceaux comme « Zero Gravity », « Smilin' Through », « Orbits », « Lotus » et « She Moves Through The Fair ». Shorter a commencé à travailler sur cet enregistrement dès 2022, c’est ce que raconte sa femme dans le livret et il a continué jusqu’à sa dernière hospitalisation, refusant d’abandonner même très malade. Pour lui, le concert de Stockholm comme 1ère parution s’est imposé comme une évidence et il voulait le nommer « OVNI » tellement la musique jouée par le groupe l’impressionnait ! Oui, pour moi, on est bien dans un « Objet Musical Non Identifié » qui pourra décontenancer les fans de swing pur et dur, on est au-delà tout ça. Ça n’est que quelques jours avant de mourir que Wayne a compris qu’il ne verrait pas l’aboutissement de son projet et qu’il a choisi de l’appeler « Celebration » : une ode à la vie, à la liberté et à la beauté sans frontière. Un immense musicien dont l’œuvre n’est pas près de se tarir. J’attends la suite avec impatience. Pour l’instant, aucune idée du nombre d’albums qu’il a pu superviser.