Ok, avec Changes Made, 3ème album de Live Wire, sorti en 1981, on n’est pas devant un grand disque maudit qui aurait bouleversé l’histoire du rock anglais mais plutôt face à l’un de ces albums de transition qui raconte très bien la fin d’un monde.
À l’origine, Live Wire est un groupe londonien de pub rock. Là où le prog regardait vers la suite en plusieurs mouvements et le glam vers le théâtre, le pub rock revenait au bar, à la rythmique, au riff, au morceau qui doit fonctionner devant 100 ou 200 personnes avec une pinte à la main. Le groupe s’est formé autour de Mike Edwards au chant et à la guitare, avec Joe Sluys à la basse, German Gonzales à la batterie et Chris Cutler à la guitare (à ne surtout pas confondre avec Chris Cutler, batteur de Henry Cow, homonyme prestigieux mais autre trajectoire, autre galaxie, n’est-ce pas @Epi ^^). Cette première incarnation pose les bases : un rock direct, sans fioritures, fait pour tenir la scène plus que pour impressionner les critiques.
Sur Pick It Up, en 1979, Live Wire a encore les deux pieds dans cette tradition de pub rock londonien. Rien de révolutionnaire, donc, mais une vraie tenue, comme un groupe qui sait qu’une bonne chanson n’a pas forcément besoin d’un manifeste pour exister. La basse de Sluys et la batterie de Gonzales donnent alors au groupe cette assise simple et efficace tandis que Edwards mène l’affaire avec une sobriété presque artisanale.
Avec No Fright, en 1980, le décor bouge. Jeremy Meek remplace Joe Sluys à la basse et Simon Boswell prend la place de Chris Cutler à la guitare. C’est un tournant discret mais important : Live Wire reste un groupe de rock mais le son se polit, l’écriture se resserre, l’horizon pop commence à apparaître. Boswell apporte une netteté supplémentaire, une envie de chansons plus lisibles, plus modernes, comme si le groupe comprenait que le pub rock pur jus risquait de se retrouver vite coincé dans le vestiaire des années 70.
C’est cette évolution qui éclate vraiment sur Changes Made. Le titre semble presque commenter la situation. La formation y sonne plus propre, plus mélodique, parfois plus radiophonique. Des titres comme “Don’t Look Now” ou “Child’s Eye” montrent un groupe tenté par une power pop quelque part entre les restes du pub rock et une new wave encore tenue à distance. Live Wire gagne en efficacité ce qu’il perd un peu en rudesse. On sent moins la sueur des débuts mais davantage l’envie de survivre au changement d’époque.
Le problème, c’est justement ce cul entre deux chaises. Live Wire est trop marqué par le pub rock pour devenir pleinement new wave, trop propre sur Changes Made pour conserver toute la rugosité de Pick It Up et sans doute trop discret pour s’imposer dans une Angleterre musicale qui, en 1981, regarde déjà ailleurs.
On ne connaît pas de séparation spectaculaire ni de grand règlement de comptes. Le groupe semble plutôt s’éteindre après ce troisième album, comme beaucoup de formations solides mais mal placées dans le calendrier. Détail qui ajoute encore au charme de disques oubliés, les albums ne semblent jamais avoir connu les honneurs d’une édition CD pas plus qu’ils n’apparaissent sur les plates formes de streaming, comme si Live Wire était resté prisonnier de son époque vinyle/cassette.