Steve Earle est à classer dans la catégorie des « storytellers », les raconteurs d’histoires de talent, dans la même famille musicale que des Neil Young, Bruce Springsteen ou John Mellencamp. Des artistes qui s’inscrivent comme les héritiers de Woody Guthrie et Pete Seeger. Mais lui n’a jamais vraiment accroché les faveurs du grand public sauf à l’occasion de ce 3e album paru en 1988. C’est sans doute un artiste trop radical pour la plupart des Américains, ne cachant pas ses idées politiques (à gauche toute). Ses prises de position sont affirmées et le personnage a en plus connu une vie compliquée, poursuivie par ses addictions. Ce côté sans compromis, volontiers « outlaw », l’a empêché de vraiment percer auprès du grand public et de passer fréquemment à la télé et à la radio. Ce 3e album comprend quelques excellentes chansons qui figurent encore aujourd’hui dans ses setlists comme « Copperhead Road » (où il critique la lutte anti drogues du gouvernement Reagan à l’époque) et « Devil’s right hand » dont l’arrangement est signé par Gary Tallent, le bassiste du E Street Band. Le Président Reagan est d’ailleurs comparé à un escroc dans la chanson « Snake Oil ». Pas de demi-mesure chez Earle, il fait dans le rentre-dedans s’il le juge nécessaire.
L'entrée en matière est savoureuse. Il nous raconte comme Springsteen a pu le faire, l’envers du rêve américain, les déshérités, les laissés pour compte : le retour des vétérans au pays dans « Johnny come lately » ainsi que la pauvreté et le sort des sans-abri dans « Back to the wall ». Malheureusement, après cette excellente 1ère face, la 2e à partir de « Even when I’m blue », est bien moins convaincante avec des chansons plus calmes, moins engagées, plus banales et donc moins intéressantes. Le tout s’achève par une incongrue chanson de Noël, « Nothing but a child ». Quel dommage que l’album entier n’ait pas été comme la 1ère face car là, le soufflé retombe immanquablement. L'album est sorti en 2008 en édition deluxe avec un 2e CD live à Raleigh en 1987 et à Calgary en 1989. C'est là qu'on trouve une reprise en solo acoustique du "Nebraska" de Springsteen, pas une surprise totale quand on connait le bonhomme. Cette édition là est fortement à recommander si vous la trouvez. Earle reste un artiste sincère et qui ne mâche pas ses mots, ce qui dans le rock business n’est pas si fréquent. Et avec l’administration Trump, un artiste comme lui est plus que jamais nécessaire…