Depuis 1973, Michel est installé aux States, aimant le style de vie californien, s’étant même mis à la muscu façon Venice Beach. Bon, il est alors en délicatesse avec le fisc français et ne peut donc pas rentrer. Il doit beaucoup d’argent à l’administration fiscale car il a été escroqué par son homme de confiance (alors en fuite…) et condamné par la justice. Mais même depuis son exil doré, la France lui manque presque viscéralement, alors faute de pouvoir mettre les pieds dans l’Hexagone, il joue à Bruxelles en 1975 (ça rapproche…). La solution va venir d’une chanson, une de ces sublimes ballades dont il a le secret. Il sort un soir d’un restau de la Cinquième Avenue à New York et a eu l’idée de griffonner quelques notes sur une nappe en forme de déclaration d’amour à son pays natal. Il enregistre cette mélodie sur une cassette qu’il envoie à Jean-Loup Dabadie. Et c’est lui qui va composer le texte de cette « Lettre à France » qu’on peut lire bien entendu à deux niveaux : la lettre d’un amoureux à son aimée et la lettre d’un exilé nostalgique à son pays, la France. Michel adore le double sens et il tient là une de ses plus belles chansons, sa voix tutoie les sommets et même la guitare est magnifique. Une chanson qui entre immédiatement dans le panthéon « polnaréffien ». Heureusement que cette chanson a été ajoutée à la réédition CD car elle ne figurait pas dans le disque original !
C’est elle qui sauve l’album ainsi que « Une simple mélodie », autre belle ballade mais un cran en-dessous. Il suffit tout de même de l’écouter pour comprendre tout ce que Pascal Obispo doit à Michel et il n’est pas le seul ! Le reste des morceaux n’est pas au même niveau et les chansons se révèlent au mieux passables, tombant dans la variété banale et peu marquante (« Le cigare à moteur », « J’ai tellement de choses à te dire », « A Paris sur mer »…). C’est sur « Coucou me revoilou », plus dansant que le rythme s’agite et on sent l’influence que le pop-funk-disco américain a sur Polnareff. Le morceau est sympa mais n’est pas non plus un incontournable. Ce sont ces rythmes-là (plus pop, plus west coast) qu’il va développer dans son album suivant en 1981, « Bulles », qui va marquer son retour en France, album d’un niveau bien plus élevé. Ici, on peut se dire que les deux jolies ballades sauvent l’ensemble d’un vrai marasme. Un album que Michel a mis plus d’un an à enregistrer et dont il ne garde finalement pas un bon souvenir. Mais « Lettre à France » va le réconcilier avec le public français qui l’avait un peu perdu de vue depuis son exil américain. Le début d’une sorte de renaissance. La chanson lui permet de rentrer en France en 1978 pour régler ses affaires avec le fisc et être innocenté par la justice.