Cet album de Cousteau sorti en 1999 nous enveloppe doucement, comme une soirée d’automne dont on prolonge le charme. À l’heure où la pop anglaise jonglait encore avec les restes de britpop et les promesses de l’électronique, ce quintette londonien a choisi un chemin plus feutré : ballades de velours, arrangements classiques, voix qui caresse l’oreille.
Dès les premières notes de Last Good Day of the Year, on comprend le programme. Piano discret, cuivres élégants, guitare qui s’étire… et surtout la voix grave de Liam McKahey, quelque part entre Scott Walker et Stuart Staples (Tindersticks). C’est une de ces voix qui semblent déjà porter un vécu, capable de faire frissonner une phrase anodine. Le reste de l’album prolonge ce climat nocturne : Your Day Will Come prend des accents presque cinématographiques, Jump in the River se fait plus lumineux mais sans jamais rompre l’enchantement.
Ce qui frappe, c’est le soin apporté aux arrangements. Cordes, trompette, touches de piano : tout est à sa place, jamais trop, jamais démonstratif. On sent l’amour du détail, cette volonté de faire sonner chaque morceau comme une petite scène de film. C’est beau, c’est élégant, c’est un peu hors du temps.
Bien sûr, ce raffinement a un revers. À force de rester dans la même humeur, tempo médium, mélancolie assumée, certains titres finissent par se ressembler. L’album manque parfois de relief. On aurait aimé un morceau qui surprenne, qui brise un peu l’image trop impeccable. Les textes, eux, flirtent avec le convenu, préférant les images classiques de l’amour perdu ou de la nuit solitaire plutôt que des éclats plus personnels.
Mais on pardonne facilement. Parce que Cousteau réussit ce que beaucoup ratent : créer une atmosphère dans laquelle on a envie de revenir. C’est un disque de fin de journée, à écouter quand la ville se calme et que l’on cherche un peu de douceur dans le brouhaha du quotidien. Cet album préfère les confidences murmurées aux grandes déclarations, la lumière tamisée d’un bar à cocktails à la clameur des stades.
Vingt-cinq ans après sa sortie, il garde ce charme intemporel, cette élégance mélancolique qui le rend précieux.