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le 10 avr. 2020
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Sur Coastal Grooves, le très bon premier album de Blood Orange, Dev Hynes avait déjà posé les bases du son qui nous ensorcelle sur ce deuxième essai hallucinant.Avec un groove poisseux, des mélodies...
Avec Cupid Deluxe, Blood Orange nous livre un album à la fois élégant, nostalgique et urbain, comme une virée nocturne sous les néons d’un New York fantasmé. Dev Hynes y tisse un patchwork de sons R&B, funk, et new wave, à la fois profondément référencé et personnel. Et pourtant, malgré sa richesse apparente, le disque semble hésiter à franchir la frontière entre la suggestion et l’incarnation. À mes oreilles, Cupid Deluxe reste en demi-teinte : un album séduisant, mais dont l’émotion semble trop souvent suspendue, bridée.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’extrême cohérence esthétique. Chaque morceau est soigneusement texturé, comme si chaque note avait été polie pour ne laisser paraître que la surface douce du groove. Chamakay, Chosen, It Is What It Is... Tous dégagent cette même langueur vaporeuse, à mi-chemin entre la confidence et le murmure. Mais à force de retenue, l’album s’enferme parfois dans une forme de timidité émotionnelle : on reste spectateur d’une intimité qu’on devine sincère, mais qui ne nous prend jamais aux tripes.
L’un des aspects les plus marquants – et clivants – de Cupid Deluxe, c’est sa plongée dans l’esthétique sonore des années 80. Synthétiseurs doux-amers, guitares liquides, boîtes à rythmes discrètes… On pense à Prince, à Talk Talk, à Janet Jackson période Control. Cette nostalgie fonctionne souvent bien, mais elle vire parfois au mimétisme. Par moments, on se demande si la musique de Hynes raconte une histoire nouvelle, ou si elle se contente d’en rejouer une ancienne avec goût. C’est beau, mais un peu trop familier.
Les invités (Caroline Polachek, Samantha Urbani, David Longstreth, Clams Casino…) enrichissent clairement l’album, et apportent des respirations bienvenues. Mais même là, Hynes semble vouloir tout contrôler, comme s’il avait peur que l’émotion déborde. Ce perfectionnisme, s’il impressionne, peut aussi lasser : on aimerait plus de tension, de frottements, d’accidents. L’album reste trop souvent sage là où il aurait pu être subversif.
Il serait injuste de nier la beauté de certaines séquences. La voix fragile de Hynes, ses textes introspectifs, la manière dont il explore les marges (identité queer, racisme, solitude affective…) avec pudeur et justesse – tout cela mérite d’être salué. Mais à force de se contenir, Cupid Deluxe finit par nous glisser entre les doigts. C’est un album qui flotte, qui berce, mais qui manque cruellement de pics émotionnels pour réellement s’imprimer.
Je donne à Cupid Deluxe un 7.5/10 : une œuvre précieuse, subtile, mais qui refuse trop souvent de se mettre à nu. Blood Orange y affirme un style, une sensibilité, une voix unique dans le paysage R&B alternatif. Mais ce raffinement constant, cette pudeur presque maniaque, finit par émousser l’impact. On admire, on hoche la tête, on se laisse porter — mais on attend encore le moment où le cœur s’emballe.
Créée
le 10 avr. 2025
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