Soft Cell termine son histoire en revenant précisément là où tout avait commencé. Marc Almond et Dave Ball se rencontrent à Leeds à la fin des années 70. Deux étudiants en art qui bricolent une musique électronique minimale, étrange, parfois encore maladroite mais déjà très personnelle. Puis Tainted Love leur tombe dessus en 1981 et transforme ces deux marginaux en vedettes de la pop mondiale. Pour moi, impossible d’entendre ce titre comme un simple tube parmi d’autres. Il a accompagné mon adolescence et il garde encore aujourd’hui ce pouvoir immédiat de me ramener à cette époque. Le problème, c’est que son succès énorme a longtemps masqué ce qu’était réellement Soft Cell. Derrière la synth-pop accrocheuse, le duo s’intéressait surtout aux nuits glauques, au sexe, à la solitude, aux personnages en marge et à tout ce que la pop de l’époque montrait assez peu. Non-Stop Erotic Cabaret reste évidemment leur grand manifeste avec ce mélange très particulier de mélodie, de malaise, de provocation et de romantisme. New York joue alors un rôle essentiel dans leur imaginaire avec Times Square, les clubs et toute cette scène nocturne du début des années 80 qui va profondément marquer leur musique.

La suite sera plus compliquée. The Art of Falling Apart pousse encore plus loin leur côté étrange et expérimental avant que This Last Night in Sodom ne mette fin à cette première période en 1984. Almond part en solo, Ball poursuit d’autres projets, puis les deux hommes se retrouvent au début des années 2000 avec Cruelty Without Beauty. Après le concert annoncé comme un adieu à l’O2 en 2018 et Happiness Not Included en 2022, Soft Cell aurait très bien pu en rester là. Ils ont finalement choisi d’enregistrer encore un album.

Le titre, Danceteria, annonce clairement le programme avec un retour au New York de leur jeunesse, aux clubs, aux excès, à Warhol et plus largement aux souvenirs de cette période. Almond a présenté le disque comme une lettre d’amour au New York du début des années 80 et cette dimension nostalgique traverse pratiquement tout l’album.

C’est aussi là que se situe sa principale limite. Danceteria regarde vers le passé et le fait de manière beaucoup trop sage. Le Soft Cell des débuts avait quelque chose de poisseux, de malsain, de sexuel et d’inquiétant. Ici, la production est beaucoup plus propre et l’ensemble nettement plus confortable. Certaines chansons évoquent davantage le souvenir de cette époque qu’elles n’en retrouvent réellement l’intensité.

C’est ce qui me convainc le moins dans ce disque. Quand on pense à Sex Dwarf, Bedsitter, Say Hello, Wave Goodbye ou The Art of Falling Apart, on se souvient d’un groupe capable d’être à la fois pop, pathétique, drôle, excessif et franchement dérangeant. Sur Danceteria, cette part de danger a largement disparu. Quelques rares morceaux retrouvent encore cette tension mais d’autres donnent surtout l’impression d’un groupe qui revisite son passé avec beaucoup d’affection.

Pour autant l’alchimie Almond-Ball fonctionne toujours. Dave Ball conserve ce sens très particulier des arrangements électroniques simples mais immédiatement identifiables tandis qu’Almond continue d’y apporter ses personnages, ses souvenirs, son humour et sa mélancolie. Sa voix a changé, évidemment mais elle porte désormais davantage de vécu et cela correspond finalement très bien au ton général de l’album.

Surtout, Danceteria a pris, après coup, une dimension beaucoup plus forte. Dave Ball est mort en octobre 2025, quelques jours seulement après avoir entendu l’album terminé. Le disque devient donc forcément autre chose qu’un simple exercice nostalgique. Il referme une histoire commencée près d’un demi-siècle plus tôt.

Danceteria est parfois trop poli et sans doute un peu trop tourné vers son propre passé. Il ne faut surtout pas venir y chercher un nouveau Non-Stop Erotic Cabaret. Il n’en a ni la folie, ni la noirceur, ni l’insolence. Mais demander à Soft Cell de refaire quarante-cinq ans plus tard exactement ce qu’ils avaient fait à vingt ans n’aurait pas beaucoup de sens non plus.

Au fond, Danceteria fonctionne surtout comme un dernier chapitre cohérent. Clairement pas le meilleur album de Soft Cell et certainement pas celui que l’on conseillerait pour découvrir le groupe. Mais comme disque d’adieu, avec tout ce que cela implique de nostalgie, de recul et désormais d’émotion, il tient parfaitement sa place dans leur histoire.

Ma note sera donc 6/10. Et pour être tout à fait honnête, si je ne jugeais que l’album, il ne les vaut probablement pas. Mais cette fois, je note aussi un peu mes souvenirs, Tainted Love, mon adolescence et tout ce que Soft Cell représente pour moi. Ce n’est peut-être pas très objectif, mais pour ce dernier disque, j’assume complètement.


Kodack1
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il y a 3 jours

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