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Ce live a été enregistré les 14 et 15 juillet 1974 au Tower Theatre de Philadelphie, lors de la période « Diamond Dogs », grand disque souvent sous-estimé, où Bowie mélangeait son rock à la soul et au funk. Sauf que cet enregistrement en public ne tient pas ses promesses. D’abord car il est entouré de deux albums en public autrement plus consistants. D’abord celui légendaire du 3 juillet 73 marqué par les adieux de Ziggy Stardust, dans une ambiance bouillante, ce que pas mal de monde avait compris comme des adieux à la scène. Et puis le « Stage » de 1978, glacial et fascinant en pleine période berlinoise. En 74, Bowie est donc dans une période de transition, entre deux avatars, Ziggy et le Thin White Duke, dandy berlinois un peu inquiétant. Il était dans sa période Halloween Jack (sorte de pirate androgyne à l’œil bandé) mais le Thin White Duke allait apparaître sur scène petit à petit en 74. Les excès et abus se font lourdement sentir, ils se voient et s’entendent dans la voix de Bowie. C’est un junkie au visage blanc et creusé, et sa voix est loin d’être aussi claire et puissante que dans « Stage ». Lui-même était lucide sur son état à ce moment-là en regardant la pochette: "Mon Dieu, on dirait que je sors tout juste de la tombe. C'est comme ça que je me sentais, en fait." David sonne souvent fatigué, on l’entend reprendre lourdement son souffle pour arriver au bout de « Time »…
En plus, même remasterisé dans les années 2000, le son est loin d’être exceptionnel, rien à voir avec celui bien plus hard rock du live 73 et de celui de 78, teinté de new wave. Si les titres extraits de « Diamond Dogs » tiennent encore le coup dans la fusion rock-soul-funk, c’est nettement moins le cas des plus anciens dont on a connu de nombreuses versions bien meilleures, que ce soit « The Jean Genie », « Rock’n’roll suicide » (rien à voir avec la version finale de 1973) ou même « Space Oddity » trop lente, trop molle. "The Width Of A Circle" se traîne, se révèle lourde et Bowie là aussi manque de souffle (écoutez-le reprendre sa respiration encore une fois). Faites le test : écoutez "All The Young Dudes" version 74 et version 2003 (sur le « Live in Dublin »), aucune comparaison possible. OK, parmi les plus réussies, on peut compter "Suffragette City", "Cracked Actor" et surtout "Knock On Wood" qui montre son goût pour le rhythm’n’blues et la soul, bien aidé par un David Sanborn impérial qui est l’atout musical du groupe, celui dont on retient dès la 1ère écoute la sonorité du saxo. On sent un artiste qui possède un répertoire génial (quelle suite de morceaux tout de même !) mais qui n’est alors sans doute pas au mieux de sa forme, épuisé par les excès et qui n’a toujours pas décidé dans quelle direction aller (Berlin Ouest se rapproche). Un live qui n’est pas désagréable, les défauts n’en sont pas rédhibitoires mais qui est le moins convaincant de toute sa discographie officielle.
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