Dawn FM est sorti au mauvais moment. Ou plutôt, il est sorti après After Hours, ce qui revient au même. Blinding Lights était encore partout, Die For You revenait de nulle part pour coloniser les playlists du monde entier, et dans ce contexte, personne n'était vraiment prêt à recevoir un nouvel album. Surtout pas celui-là.
Parce que Dawn FM ne fait aucune concession. C'est un album concept, une radio de l'au-delà, une suite à l'histoire d'After Hours qui part dans une direction radicalement différente, très années quatre-vingt, très synthétique, presque froide par moments. Et pourtant, c'est précisément là que réside sa force. L'ambiance tenue du début à la fin, sans jamais fléchir. Un vrai début, une vraie fin. Jim Carrey et Quincy Jones en voix narratrices qui s'intègrent parfaitement dans cet univers. Take My Breath dont la version longue, avec cette première minute trente qui installe une pression sourde, reste l'un des moments les plus forts de sa discographie. Sacrifice. Out of Time, qui pour des raisons très personnelles restera toujours ma première chanson d'amour avec ma conjointe. Tout s'enchaîne, tout respire, tout fait sens.
Alors pourquoi pas dix ? Lil Wayne. Tyler the Creator. Deux featurings qui font tache dans un ensemble aussi cohérent, comme deux fausses notes dans une partition par ailleurs irréprochable. Lil Wayne qu'on ne skippe pas, mais qu'on subit. Tyler the Creator sur un morceau insipide qui ne mène nulle part. Il fallait s'arrêter à Jim Carrey et Quincy Jones, là où les invités enrichissaient sans dénaturer. Là, ils abîment.
Neuf sur dix. Un chef-d'œuvre presque parfait, condamné à exister dans l'ombre d'un autre classique, et qui mérite enfin d'être entendu pour ce qu'il est vraiment.