Need for Speed 2015, c'est l'histoire d'un jeu que j'ai fini à cent pour cent, que j'ai adoré jouer avec mes copains pendant des heures, et que je regarde aujourd'hui avec une tendresse teintée d'amertume. Parce que dix ans après, la question qui me hante, c'est celle-ci: Qu'est ce qu'on en retient dix ans après ?
L'ambiance, elle, ne m'a jamais quitté. Cette nuit permanente, ces Porsche de Magnus Walker et de R-W-B, cette Supra avec laquelle je parcourais les rues, ces customisations infinies, cette vidéo de Sup3r Konar à l'époque, avec la musique de Kavinski en fond, tout ça compose une aura que peu de jeux de courses ont réussi à recréer depuis. Les scènes tournées avec de vrais acteurs, loin d'avoir mal vieilli, sonnent presque comme un clin d'oeil aux tout premiers Need for Speed, à leurs cinématiques filmées un peu kitsch pour l'époque mais devenues légendaires. Il y avait une réelle tentative de faire du lore, une vraie identité, l'avènement de R-W-B auprès du grand public. Ça, ça reste.
Mais le coeur du jeu, la conduite, c'est là que tout s'effondre. Le système de brake to drift, génial sur le papier, est exécuté de façon beaucoup trop floue, on perd sa voiture pour un rien, et ce qui devait être la colonne vertébrale du gameplay devient sa plus grande faiblesse. Autour de ça, des flics totalement inutiles, jamais dangereux, jamais crédibles, et cette obligation absurde d'être connecté en permanence même pour jouer seul. Un choix qui, avec le recul, rappelle furieusement le sort de the Crew, dont les serveurs ont fini par fermer purement et simplement. Ça pose une vraie question de préservation du jeu vidéo, et ça, ça ne me quitte pas.
Alors cette nuit permanente, ce parti pris esthétique magnifique sur le papier, est-ce vraiment un choix artistique assumé, ou une façon habile de cacher des graphismes qui n'auraient pas tenu la route en plein jour? Je n'ai plus vraiment de réponse tranchée. Ce que je sais, c'est que ce jeu donne l'impression permanente d'un développement avorté trop tôt. Pas assez de voitures, pas assez de radios, une carte qui aurait mérité d'être étendue, un concept qu'on n'a jamais poussé jusqu'au bout.
Six sur dix. Pas pour ce qu'il représente sur le papier, ni même pour ce qu'il m'a fait vivre avec mes potes à l'époque, ces souvenirs-là restent intacts et précieux. Mais pour ce qu'il est devenu aujourd'hui, dépouillé de sa nostalgie: un concept brillant, une ambiance inoubliable, et une exécution qui n'a jamais été à la hauteur de ses propres ambitions.