Lorsqu'en 1987 David Gilmour reforme les Pink Floyd, il doit faire face à l'hostilité de Roger Waters, qui ne supporte pas l'idée que le groupe mythique puisse exister sans lui et traîne ses anciens compagnons (et souffre-douleurs) en justice. A cela s'ajoute un accueil mitigé de la presse musicale, qui n'est pas toujours plus crédible que la presse lambda. Mais qu'importe...Presque entièrement composé par David Gilmour, l'album "A momentary lapse of reason" rencontre un succès bien mérité et contient plusieurs excellents morceaux, notamment l'instrumental "Signs of life", le tube "Learning to fly", "One slip" et surtout le grandiose "Sorrow". S'ensuivent une triomphale tournée mondiale, avec près de deux cents concerts, et l'album live "Delicate Sound of thunder".
Sur scène, David Gilmour, Rick Wright et Nick Mason étaient accompagnés par le bassiste Guy Pratt, le saxophoniste Scott Page, le guitariste Tim Renwick, le claviériste Jon Carin (claviers et chant), le percussionniste Gary Wallis et trois choristes (Rachel Fury, Durga Mc Broom et Margaret Taylor). Ce double album témoigne de la spectaculaire renaissance du Floyd. Outre "Learning to fly", "Sorrow" et d'autres morceaux d'"A momentary lapse of reason", le groupe interprète des extraits de "Meddle" (1971), "The Dark Side of the moon" (1973), '"Wish you were here" (1975) et "The Wall" (1979). Parmi eux figurent "Shine on you crazy diamond I to V" et "Time", sublimes chefs-d'oeuvre ayant aboli les frontières entre musique pop et musique classique _ tout comme les longs solos de guitare d'"Another brink in the wall" (*) et "Comfortably numb" : à la fois infernaux et divins, ils évoquent bien "le son délicat du tonnerre" et ont la puissance inouïe des plus belles oeuvres symphoniques. Indéniablement, Gilmour a hissé le solo de guitare électrique au niveau ultime de la perfection. Autres titres incontournables des années 70 : l'instrumental "One of these days", le magnifique "Us and them", "Money" et "Wish you were here". Enfin, "Run like Hell" _ dont la version live est très supérieure à celle de l'album studio _ déchaîne la frénésie du public et termine le show en apothéose. Seul bémol : plusieurs titres de la tournée n'ont pas été retenus dans le disque. Et non des moindres...L'absence de "The great gig in the sky" et "Welcome to the machine", voire de "Signs of life" et "One slip", a de quoi surprendre et déçoit quelque peu. Néanmoins, "Delicate sound of thunder" reste un album live d'une puissance rarement égalée. Intemporel.
(*) dont David Gilmour a composé le solo de guitare. Il arrivait en effet que sur un morceau officiellement écrit par Roger Waters seul, la partie instrumentale ait en réalité été composée par un autre membre ou le reste du groupe.