32 ans, oui, vous avez bien lu, c’est le temps (une génération !) pour avoir enfin un nouvel album des Suisses de Coroner. Ils me font penser à leurs compatriotes de Celtic Frost : une grosse influence sur de nombreux groupes metal, une durée de vie réduite à quelques albums avant la séparation et un retour longtemps après. Mais ce retour, dans un cas comme dans l’autre, a été fracassant. Celtic Frost, c’était en 2006 avec « Monotheist ». Coroner c’est en 2025 avec « The Dissonance Theory ». Un gros coup de poing, un album puissant mais dont il faut sans doute plusieurs écoutes pour s’en imprégner et en saisir les nuances et subtilités. Seuls les crétins absolus pensent encore aujourd’hui que le metal et ses différentes branches n’est pas de la musique mais du bruit qui n’est là que pour fracasser les oreilles et le cerveau !!! C’est une musique puissante voire violente, oui, mais qui est aussi d’une immense richesse (de thèmes comme de styles) et même de la finesse. Et ce retour de Coroner ne déçoit pas. Au contraire, cet album s’impose sans grande discussion comme un des meilleurs de 2025 dans les musiques extrêmes. Le trio a été légèrement transformé avec deux membres d’origine Ron Broder (basse, chant) et Tommy Vetterli (guitare) auxquels se joint le batteur Diego Rapacchietti.
Les 1ers extraits disponibles il y a quelques mois, « Renewal » et « Symmetry », avaient tiré la sonnette d’alarme : Coroner était bien de retour et ça n’était pas pour inaugurer les chrysanthèmes ! Ça commence fort avec «Oxymoron », entrée en matière glaçante et oppressante, le ton est donné : énorme. « Consequence » traite lui de la déshumanisation progressive face à l’essor des machines et de la technologie : «Just a game, lighten up/ Culture with a few prompts/ Without thought, the work is done/ High-tech rush, false control ». Les claques ensuite se succèdent, que ce soit « Symmetry », « Transparent Eye », « Sacrificial Lamb » ou « Trinity » et « Prolonging » en final avec son solo d’orgue d’Hammond, eh ouais. Coroner ne nous laisse aucun répit. Le trio aurait pu jouer sur son passé glorieux et nous ressortir du thrash metal classique pour satisfaire ses anciens fans. Oui, le passéisme et la nostalgie auraient été la solution de facilité. Celtic Frost l’a évité, Coroner aussi avec brio. Là, le groupe ose jouer du metal du XXIe siècle, parfaitement produit, une musique forte mais complexe, imprégnée de philosophie et de science, qui se mérite. Une écoute, encore moins distraite, n’est pas suffisante. Alors, montez le volume et laissez-vous emporter par cette bourrasque musicale. Un retour plein de dignité et de classe.