Ce disque est le deuxième du jeune ensemble « Les Argonautes », implanté à Genève et dirigé par le Français Jonas Descotte. C’est une réussite, qui propose notamment une mise en regard de deux versions du Dixit Dominus : celle d’Antonio Lotti, rarement entendue, et celle de Georg Friedrich Haendel, rarement entendue ainsi. Ce rapprochement n’a rien d’arbitraire, mais repose sur un choix musicologique de Jonas Descotte qui a précisément relu l’œuvre de Haendel à la lumière de celle de Lotti.


C’est que son hypothèse – il s’en explique dans le livret du disque – est que le Haendel qui a composé son Dixit à 22 ans au cours de son voyage en Italie, l’aurait sans doute fait exécuter dans des conditions proches que celles faites au même moment à Lotti, de près de vingt ans son ainé, dont Descotte suppose même (mais c’est là, je crois, une interprétation personnelle) qu’il aurait pu être son mentor.


Cette relecture de l’œuvre de Haendel tient à l’effectif instrumental et vocal : là où la tradition, y compris baroque, a souvent conservé une certaine ampleur sonore, Descotte opte pour un effectif radicalement réduit, avec un ou deux représentants pour chaque partie instrumentale ou vocale. Ce choix, qui en quelque sorte dépouille l’œuvre, lui fait gagner en netteté contrapontique, en tension interne et même en fragilité expressive. La parenté avec le Dixit de Lotti n’en apparait que plus nettement.


Pour être nouvelle, cette version des Argonautes s’inscrit cependant dans le mouvement même des ensembles baroques qui ont présenté d’excellentes versions de l’œuvre. Elle ne se présente pas comme une version définitive mais s’assume comme une expérimentation fondée sur une intuition – qui reste une hypothèse, comme le précise Descotte. Elle surprend néanmoins par la sonorité nouvelle qu’elle donne à entendre, fruit d’une belle rencontre entre Haendel et Lotti – dont, outre le Dixit Dominus, un splendide Miserere et un court Crucifixus sont par ailleurs gravés sur le disque.


La prise de son m’a semblé parfois donner une couleur sonore métallique, un peu acide, accentuant la sécheresse du propos, mais sans doute s’agit-il là d’un parti pris esthétique, cohérent avec l’ensemble du projet, et assumé jusqu’au bout dans ce beau disque.

LuigiCamp
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le 9 janv. 2026

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