Pour une première dans l’univers du rap, je m’attendais à rester plus insensible que je ne l’ai été. Evidemment, les thématiques majeures de ce genre ne m’atteignent pas, donc l’écriture ne va pas me toucher plus que ça le cas échéant, mais la musicalité s’en dégageant est d’une singularité vraiment plaisante.
Ce qui me marque alors reste une production élaborée, touchant à une grande variété rythmique pour permettre à A$AP Rocky de multiplier une diversité de flows impressionnante. Tantôt, j’avais l’impression d’écouter ce que je connaissais du rap par mes a prioris, alors que d’autres musiques prenaient un grand risque en changeant de tonalité de façon brutale : c’est le cas de « AIR FORCE (BLACK DEMARCO) », qui, malgré toute appréciation personnelle, tente de bouleverser son rythme de façon choquante, valorisant alors la polyvalence du chanteur.
Toutefois, pour un album comeback après énormément de problèmes d’addiction et judiciaires, on pouvait espérer un propos plus mature. Or, l’écriture semble manquer de finesse la majorité du temps. Hors les jeux de mots vraiment ludiques, tout tourne autour des thématiques habituelles du rap, sans la grande introspection attendue. Pourtant, ce n’est pas la honte ou la pudeur qui empêche A$AP Rocky d’en parler puisqu’il évoque son vécu avec aisance, pensant alors à cette phrase crue de « NO TRESPASSING » : « Straight from the courtroom to the stage, another big performance ». Son passé aurait pu être plus explorer, mais semble malheureusement juste évoqué : j’ai l’impression que les attentes thématiques autour de ce projet ne sont jamais comblées, sombrant dans une facilité narrative évidente.
Pour un comeback, je dois avouer appréciable que le chanteur ne se lance pas dans un délire mégalomaniaque solo et ose faire appel à cette nouvelle génération dans le monde du rap. Evidemment, j’apprécie la présence de Tyler The Creator, en dépit que ce soit une musique que je n’aime pas tant que cela et ne le valorisant pas vraiment, mais je retiens avant tout le featuring avec Doechii, « ROBBERY ». Sur un air jazzy sensuel, le duo devient complices de braquage le temps d’un morceau, sincèrement enivrant et passionnant tant il rappelle le Old Hollywood et dénote positivement du reste des compositions plus proches.
Finalement, je termine mon écoute de Don’t Be Dumb en ayant peu de titres likés car le rap n’est pas mon style de musique de confort, mais j’admets avoir fait une agréable découverte en laissant de côté mes a prioris. Derrière des paroles redondantes qui me laissent de marbre, j’admire un processus de création musicale où le flow s’adapte à une musicalité sans cesse renouvelée pour ne jamais vraiment se répéter. La variété intra-genre dont fait preuve A$AP Rocky suscite mon admiration, en dépit de tout affect personnel à chacun des morceaux.
PS : Par ailleurs, je ne peux que valider la pochette d’album composée par le grand Tim Burton !