Cet album de Macca sorti en 2001 se révèle très hétérogène, sans doute trop, mais marqué par deux évènements, un heureux, l’autre dramatique. Sur le plan personnel, après la mort de sa femme Linda, Paul retrouve le bonheur auprès de Heather Mills avec laquelle il ne sera marié que de 2002 à 2006. Sur le plan humain, il est très touché par les attentats du 11 septembre 2001 alors qu’il se trouvait ce jour-là à New York, dans son avion à l’aéroport JFK qui s’apprêtait à décoller. On le sent moyennement inspiré, en cela ce « Driving Rain » est un cran en-dessous le précédent « Flaming Pie », d’abord car il ne possède aucun tube digne de ce nom. Il commence pourtant bien avec "Lonely Road" avec son petit swing folk qui réchauffe le cœur (en cette période, il y en a besoin), une excellente progression légèrement plus rageuse à la fin, suivi de "From a Lover to a Friend", beau slow ample avec un jeu de basse digne du maître, enfin "She's Given Up Talking", ballade un peu western avec nappe d'orgue, rythme un tantinet 'indus', planante et prenante à souhait. Au-delà, pas grand-chose malheureusement à se mettre dans les oreilles ; rien de désagréable pour autant mais on reste sur sa faim. Deux chansons sont dédiées à sa nouvelle femme : "Heather" bien entendu, majoritairement instrumental et réjouissant dans une pop-folk soignée comme Macca sait le faire, des vocalises suaves par les choeurs etc., ainsi que "About You", pas inoubliable du tout.
" From a Lover to a Friend " est sans doute la plus belle chanson de cet album, une chanson à la fois de deuil et de renaissance ou comment mélanger peut-être son histoire personnelle avec les évènements terribles de l’époque ? Et puis, un morceau étrange comme on en trouve dans son œuvre, "Rinse the Raindrops", collage rock énergique de dix minutes qui tente de reprendre les choses là où les Beatles les ont laissées en 1968 dans leur phase expérimentale mais qui, passé la première section de trois minutes, rageuse et groovy, se perd en circonvolutions inutiles et se révèle peu convaincant. Dommage, l’idée était intéressante. Reste le titre ajouté à la dernière minute à l’album, « Freedom », un hymne fédérateur, chanson d’espoir après le 11 septembre. OK, Paul est très fort là-dedans, être capable de mettre un peu de baume au cœur du public. Je me souviens qu’en 2016, à Bercy, il avait fait une allusion aux attentats de novembre 2015 en nous disant que nous méritions de nous amuser ce soir-là. La chanson est bien fichue, le refrain est efficace mais elle est clairement trop longue et n’a pas plus marqué les esprits que ça. Cet album moyen a eu au-moins le mérite de permettre à Sir Paul de repartir sur les routes du monde, ce qu’il n’avait pas fait depuis 1993 ! Et il était entouré d’une bande de musiciens tout-terrain qui l’accompagne encore aujourd’hui (les guitaristes Rusty Anderson et Brian Ray, accompagnés de Paul «Wix» Wickens aux claviers et d'Abe Laboriel Jr. à la batterie) ! Mais preuve que cet album n’était pas totalement convaincant, même pour lui, il sera son album le moins vendu en Grande Bretagne et Macca n’en reprendra que très peu de titres lors de cette tournée « Back to the world », heureusement triomphale. Ces morceaux n'étaient pas assez forts pour passer l'épreuve du temps.