Richard D. James, A.K.A. Aphex Twin, est le guitar-héro incontesté de la musique électronique.
Né en 1971 en Irlande, le jeune Richard s'est vite passionné pour le son et le bidouillage électronique. C'est à seulement 13 ans qu'il se fait remarquer en remportant un concours de création informatique sur Sinclair ZX81 (en écrivant un programme qui générait du son sur une machine sans carte son). Tout ceci met en place une carrière prometteuse qui explose véritablement avec la sortie de Selected Ambient Works 85-92 en 1992. Un projet qui révolutionnera la musique au point de créer un tout nouveau style (dont il déteste par ailleurs le nom) : l'IDM.
D'abord propulsé par le milieu de la rave music, Richard se met à expérimenter sa musique au point de créer de vrais ovnis musicaux, mais aussi vidéo, grâce à son acolyte Chris Cunningham avec des clips cultes comme Windowlicker où Come to Daddy. Une dynamique qui le mènera tout droit à son chef-d'œuvre : Drukqs.
Sorti en 2001, Drukqs ne plaît pas immédiatement : il donne l'impression d'être bâclé, trop rapide et d'une violence expérimentale trop violente. Il faut dire que Richard a précipité sa sortie après avoir oublié un lecteur MP3 contenant ses démos dans un avion, préférant tout publier d'un coup plutôt que de subir des fuites. Plus de 20 ans plus tard, le verdict est sans appel : Drukqs est probablement le meilleur album de musique électronique jamais créé, simplement trop en avance sur son temps, regroupant ses plus grands classiques comme Qkthr, Avril14th, où bien Vordhosbn. Étonnamment, de nos jours, ce double vinyle original s'arrache à plus de 500 €, provoquant une véritable guerre d'enchères chez les collectionneurs les plus ardus.
Composé de 31 chansons, Drukqs est un voyage vertigineux d'1h40 au centre de l'expérimentation. L'album alterne entre pièces au piano préparé (où Richard insérait des pièces métalliques et des objets directement dans les cordes) et véritables bombes d'IDM ULTRA-complexes allant parfois jusqu'à 8 minutes. Ce contraste crée un ascenseur émotionnel diablement efficace, nous faisant passer sans transition d'un assaut sonore brutal à des bulles de sérénité poignantes. Drukqs nous livre une introspection brute dans la tête de Richard. Certaines chansons, étonnamment courtes et intimes, dévoilent des bouts d'archives personnelles : une fête d'anniversaire en famille, des cris de détresse ou simplement des dialogues du quotidien. Pour rajouter une couche au mystère, une bonne partie des titres de morceaux sont écrits dans des dialectes abscons ou en cornique, la langue de sa région natale (probablement un clin d'œil direct à ses origines).
Et c'est bien pour cela que Drukqs est pour moi son ultime chef-d'œuvre : en connaissant par cœur la discographie de notre Monsieur Twin, c'est dans Drukqs que réside le plus son quotidien, sa mélancolie touchante et sa pure folie maniaque de la musique.
En somme, Drukqs n'est pas seulement un album : c'est le labyrinthe mental d'un génie au sommet de son art. Une œuvre monstrueuse, aussi violente qu'intime, qui prouve des décennies plus tard qu'Aphex Twin reste définitivement hors catégorie.