Elle s'appelle PJ Harvey et elle balance du lourd dès le premier album. J'ai pris le temps de l'écouter attentivement sur une chaîne hi-fi avec le CD car vive les bons vieux cd de ce genre. C'est un album qui ne cherche pas à séduire immédiatement. Il demande un investissement, mais une fois qu'il se révèle, il devient difficile de s'en détacher.
Ce qui frappe d'abord, c'est son énergie brute. Tout semble direct, urgent, sans détour. Les morceaux se mettent rapidement en place et vont droit au but. Contrairement à beaucoup d'albums qui construisent lentement leur atmosphère, Dry frappe dès les premières minutes avec une intensité rarement entendue.
Sheela-Na-Gig est sans doute le morceau qui m'a le plus marqué. Son son est explosif, la guitare semble prête à sortir des enceintes et PJ Harvey y livre une performance vocale impressionnante. Dress possède tout ce qu'on attend d'un tube alternatif : un refrain mémorable, une tension permanente et une identité unique. Joe et O Stella comptent également parmi mes favoris et montrent déjà l'étendue de son talent d'écriture.
La grande différence avec beaucoup de groupes rock de l'époque se situe dans la voix et dans le son. La voix de PJ Harvey est immédiatement reconnaissable, parfois agressive, parfois fragile, mais toujours habitée. Quant à la production, elle refuse toute forme de confort. Le son est sec, rugueux et incroyablement vivant. On a l'impression d'être dans la pièce avec les musiciens.
Ce qui me surprend aujourd'hui, c'est à quel point le concept de l'album fonctionne. Dry ne repose pas sur une succession de chansons isolées mais sur une personnalité artistique déjà totalement formée. Dès ce premier album, PJ Harvey possède une identité que beaucoup d'artistes mettent une carrière entière à construire.
On parle souvent de To Bring You My Love ou de Stories from the City, Stories from the Sea lorsqu'on évoque ses chefs-d'œuvres, mais Dry mérite largement sa place parmi les grands albums rock des années 90 au même titre que sa suite Rid Of Me qui expérimente un peu plus. C'est un disque brut, direct et sans compromis qui révèle toute sa force lorsque l'on prend le temps de l'écouter vraiment. C'est aussi un no skip, aucune piste de remplissage, on en prend plein la tête.