« And Then They Were Three » en 1978 avait laissé un Genesis un peu désemparé, réduit à un trio après le départ de Steve Hackett et on envisageait mal leur avenir. Collins commençait à penser à une carrière solo et il avait écrit des morceaux dont deux figurent sur ce « Duke » qui sort en 1980 et les autres trouveront leur place sur « Face Value » avec le succès qu’on sait. Genesis réussit là un album plus convaincant que le précédent, avec un son plus moderne et qui va mélanger de belle manière pop mélodique et accrocheuse, mais aussi rock progressif, avant de prendre ensuite un virage plus pop que certains fans de la 1ère heure jugeront commercial et déverseront leurs critiques sur la tête de Collins (quoique, le « Home by the sea » de l'album suivant en 82, c'est du prog’ et du bon!). Au rayon évidence mélodique, «Misunderstanding », le single de l’album mais aussi « Turn it on again » assez irrésistible qu’ils auront la bonne idée de transformer en formidable medley soul-rhythm’n’blues à rallonge en concert. Un morceau qui n'a d'autre ambition que de faire chanter et danser une salle.
Mais c’est bien quand ils plongent dans leur passé plus prog’ qu’ils se révèlent formidables avec le début de l’album, « Behind the lines » et « Duchess » ainsi que la fin «Duke's Travels/Duke's End ». «Man Of Our Times » est aussi une vraie réussite. Collins sait se faire très émouvant sur « Please don’t ask » et «Heathaze ». A côté de ça, certains titres sont un cran en-dessous, plus passe-partout, comme « Guide Vocal » ou « Alone Tonight », « Cul de Sac », le petit coup de mou de la 2e face. Dans cet album, Genesis rappelle les aspects les plus complexes de sa musique, ce qui fera plaisir aux fans de la période Peter Gabriel mais sait aussi se tourner vers des sons plus modernes, plus rock FM (MTV n’allait pas tarder à naître), plus évidents. Mais avec l’album éponyme de 1982, après le "Abacab" de 81, le choix était clairement fait vers la 2e catégorie, avec un succès planétaire malgré les critiques parfois violentes, obligeant Collins à mener une carrière solo et dans Genesis en parallèle.