En 1975, la country music est à un tournant avec l’arrivée de musiciens qui la décloisonnent, y mélangeant de la folk voire du rock (les Byrds par exemple l’ont fait…). Parmi ces artistes qui donnent une image plus moderne de la country, moins traditionnelle, et qui ravit un public plus jeune, on trouve des musiciens comme Kris Kristofferson ou Gram Parsons. C’est ce dernier qui repère une jeune chanteuse qui au départ se destinait à être actrice ou danseuse, une certaine Emmylou Harris. Les deux vont vivre une histoire d’amour intense mais courte, Parsons mourant d’une overdose en 1973. Son 1er album sous son nom en 1970 est un échec. Mais les deux suivants paraissent la même année, en 1975 et vont être d’énormes succès, lançant sa carrière. D’abord « Pieces in the sky » et quelques mois plus tard, cet « Elite Hotel » qui atteint la 1ère place des charts avec deux titres en singles qui cartonnent bien au-delà de la country. Car Emmylou est capable de mélanger sans que ça soit hétérogène la country et ses différentes branches (bluegrass, cajun, Appalaches, Nashville sound…), la folk, le gospel, le rock et même la british pop (avec les Beatles). Bien sûr les puristes de la country de Nashville ont tiqué et c’est d’ailleurs à Los Angeles qu’elle enregistre ce disque et non dans la capitale mondiale de la country.
La pochette est superbe et nous montre Emmylou à la beauté resplendissante, assise sur les marches devant un dépôt de bus Greyhound en plein désert Mojave. Une superbe photographie de Tom Wilkes (le gars qui vient de réaliser les pochettes des albums bleu et rouge des Beatles, ou le Harvest de Neil Young). Ce mélange des genres capable de plaire aussi bien aux fans de country que de rock est servi par une voix exceptionnelle, c’est tout de suite ce qui saisit l’auditeur/auditrice. Emmylou se révèle capable de réaliser des reprises magnifiques puisqu’il n’y a ici qu’un seul morceau original, « Amarillo ». Le 1er des tubes qui en est extrait est « Together Again », vieux titre de Buck Owens, et « Sweet Dreams » est aussi un n°1 : à chaque fois, Emmylou se réapproprie ces morceaux comme s’ils avaient été écrits pour elle, avec l’aide de musiciens en béton armé dont l’excellent James Burton à la guitare, Glen Hardin et Bill Payne au piano. Mais le reste de l’album est aussi de très haut niveau : « One of these days » ne réussira pas l’exploit des deux singles précédents mais est une belle réussite. La chanteuse apporte une touche de mélancolie au "Here, There and Everywhere" des Fab Four. Deux morceaux sont piochés dans le répertoire de Parsons avec « Wheels » en conclusion et « Ooh Las Vegas » qui donne immédiatement envie de bouger tout ce qu’on peut. Et "Feelin' Single, Seein' Double" fait exactement le même effet ! On peut juste mégoter avec un peu de mauvaise foi sur la reprise d’Hank Williams, « Jambalaya » qu’on aurait aimé un peu plus folle. Là on se dit que la version de Brenda Lee était un cran au-dessus. Devenu un grand classique de la Country mid 70’s, « Elite Hotel », s’il a contribué à lancer la carrière de cette légende de la Country, n’a pas pris une ride. Un incontournable d’Emmylou.