Elliott Smith par Anthony Boyer
Il aura fallu une année seulement à Elliott Smith pour sortir son deuxième album. Du fait de l'absence de titre pour cet opus on tendra à le considérer comme étant éponyme. Sur celui-ci, le but du songwriter est de continuer dans le sillon qu'il est en train de creuser. Roman Candle avait été un premier essai aux accents folks clairement prononcés. Court, ce dernier ne proposait que neuf titres dont un instrumental, composés avec les moyens du bord. L'album Elliott Smith se révèle plus ambitieux tant au niveau du nombre de morceaux proposés qu'au soin apporté à la finition de ces chansons toujours aussi folks. C'est avec 'Needle in the hay', joyeuse complainte sur la toxicomanie, que s'ouvre cet opus, abordant un des principaux thèmes de prédilection de Smith. Dans un même registre de gaieté, mais abordant cette fois la thématique de l'égo, 'Single file' s'impose comme une référence en matière de négation de soi : « all we got to show what we really are is the same kind of scars », 'Good to go' joue également sur cette partition : « I wouldn't need a hero if I wasn't such a zero / if I wasn't such a zero / good to go". Le reste des images laissées par ce morceau sont de toute beauté. D'autre part, la fascination envers le beau sexe demeure intact, en témoigne 'Clémentine', même si elle mène sempiternellement aux affres de la souffrance : 'The biggest lie' est une petite merveille qui sait nous en convaincre.
Plus abouti, ce deuxième album renferme de nombreux trésors et montre un Elliott Smith en progression. Sa quête de la perfection mélodique n'en est encore qu'à ses débuts, mais cet album éponyme n'en est pas moins celui qui précède Either/Or, le troisième opus qui sera également celui de la révélation aux oreilles du grand public.