Oui, ça valait le coup d’attendre, 21 ans quand même depuis le précédent. Mais voilà, les coups durs de la vie obligent parfois à délaisser un peu la musique au profit de la famille. En tout cas, Rondat est de retour et de très belle manière avec ce « Escape from shadows », une façon de s’extirper des ombres qui peuvent vous engloutir et revenir dans la lumière. Et il faut un sacré courage (ou de l’inconscience au choix 😄) pour réaliser un album presque entièrement instrumental en 2025 ! On retrouve ce guitariste français extraordinaire qui n’a jamais obtenu la notoriété qu’il mériterait en France. Ici, si vous n’entrez pas dans des cases précises, vous n’intéressez pas les médias généralistes car on suppose alors que vous ne ferez pas d’audience donc nous n’intéresserez pas les maisons de disques importantes ni les directeurs de grands festivals. Quant à la presse musicale spécialisée, elle se réduit comme peau de chagrin C’est totalement idiot et ça explique en grande partie qu’on passe dans notre pays à côté d’artistes extrêmement talentueux et dont on devrait être fier. Non, Rondat n’a pas à rougir face à un Satriani par exemple : sur la même scène, ils font jeu égal et Satriani le respecte pour ça. Il a la virtuosité mais jamais gratuite et il a le souffle, l’émotion (appelez ça comme vous voulez) qui permet à sa musique de décoller et vous emmener ailleurs pendant un moment. Et ça, c’est déjà énorme. Avec Rondat, on est dans du metal progressif du plus haut niveau, jamais platement démonstratif, toujours merveilleusement écrit, joué et produit (le son est fantastique sur cet album) par Markus Teske (Vanden Plas).
Le voilà entouré de Dirk Brunenberg à la batterie, Patrice Guers à la basse et Manu Martin aux claviers. Une équipe soudée et cohérente qui nous offre une musique variée et mélodique. Et le voilà qui commence…sans guitare sur le titre d’ouverture ! Fallait oser ce coup ! Quand arrive « Fear and Guilt » le titre suivant, là on sait qu’on tient du lourd. On pense aux grands musiciens que sont Steve Rothery ou encore Steve Morse et Ritchie Blackmore, quelques-unes des références qu’il n’a jamais cachées (« Escape from Shadows », « Invisible Wars »…). Les côtés progressifs n’empêchent pas certains morceaux d’être très heavy, à l’image de « Back on track » ; un univers très varié et qui fait qu’on ne voit pas le temps passer (avouez que ça arrive souvent quand même quand on écoute un album aujourd’hui, non ?). Et puis la jolie surprise est qu’il y un titre chanté dans l’album, « Now We’re Home » avec la magnifique voix blues rock un peu éraillée de Gaëlle Buswel (excellente blueswoman, à découvrir absolument si vous ne la connaissez pas). Le dernier morceau m’a par contre semblé à part et n’entrant pas dans l’univers qui se dessinait là : il s’agit de « Prelude and Allegro » du violoniste autrichien Fritz Kreisler, impressionnant techniquement mais justement, Rondat a un peu tendance sur ce titre à tomber dans le piège du morceau néoclassique sur lequel il faut briller. A part ce petit bémol, c’est un album magnifique et retrouver ce musicien de haut vol fait un bien fou. Il n’est jamais trop tard pour (re)découvrir ce guitariste qui a travaillé avec des légendes comme Satriani, Steve Lukather et même Jean-Michel Jarre dont il a été longtemps le guitariste. Dernier mot pour la superbe pochette signée Stan W Decker (très bon choix !). Les amoureux/ses de vraie guitare ne peuvent pas passer à côté de cet album.