Faire vivre la musique Jazz pour grand ensemble relève plus que jamais presque du sacerdoce. En témoignait Andy Elmer pour son MegaOctet. Une musique que ne vit aujourd’hui plus que par son exécution (marché du CD en mort cérébrale), qui ne peut se faire sur les scènes traditionnelles dévolues à cette musique, bien couteuses (et encore faut il que s’accordent les agendas de chacun).

Des exceptions à l’international comme la reine Maria Schneider qui au travers du mécénat et du financement participatif peut faire (et gagner) le pari de s’exclure du régime des plateformes; comme une Jihye Lee clairement en grande maitrise de sa communication.

Chez nous Fred Pallem et son Sacre du Tympan, qui par amour (on n'espère pas nécessité) revisite le « répertoire » (musiques de film, cartoons); le superbe Refocus, expérience unique, de Sylvain Rilfet. D’autres probablement … (on s’excuse). Et, la solaire Eve Risser.

Pendant de son White Orchestra, ici enrichi de trois pupitres de percussions maliennes et burkinabées, le Red Orchestra invite donc la matière sonore de l’Afrique de l’ouest à s’hybrider à celle de leurs vieux frères européens. Un vraie hybridation. Il ne s’agit pas là d’une simple rencontre comme le Jazz en propose souvent , où chacun répond à l’autre le temps d’un dialogue qu’on devine souvent impromptu, pour le plaisir d’un instant. Eve s’est clairement donné le temps de laisser son projet arriver à maturation. Au produit, ces polyrythmies, la première chose qui s’imposent à l’oreille, où Balafons, Djembe et les percussion d’Emmanuel Scarpa s’entremêlent, font naitre des motifs d’une richesse exaltante. Après une ouverture en piano-cuivres, invitation claire faite à l’auditeur de passer en mode écoute (une parenthèse s’ouvre), leurs ruissellements sur So, couplés à la basse de Fanny Lasfargues, les cris du piano et des sax, font plus que merveilles. Puis Sa, comme une réponse du White Orchestra, avec ses motifs montants et descendant de cuivre sur lesquels Antonin-Tri Hoang libère ensuite le chant de son sax.   

Le mariage heureux est alors totalement consacré sur Desert Rouge qui ouvre la seconde moitié de l’album, qui a cette intelligence de finir au sommet de sa grâce. Soyayya, titre solaire,  s’ouvrant sur des boucles rythmiques étincelantes qui s’élèvent par couches, sur lesquelles se posent d’abord en réponse et accord les cuivres. Puis en crescendo, chacun gagne sa liberté (là le du jazz). En premier la guitare électrique de Tatiana Paris, cri âpre, s’immisce, se frotte. Hurle à petite voix. Puis le sax de Sakina Abdou déroule sa joie et sa colère, coeur ouvert, s'affranchit de tout. Amène le titre à son zénith.

Au coucher, comme pour remercier et libérer dans l’apaisement son auditeur, la guitare de Tatiana égrène quelques accords doux comme élégiaques (à l’humeur de chacun). La parenthèse se ferme sur une proposition comme peu.

HAL1
9
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le 9 mars 2026

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