Avec Evil Friends (2013), Portugal. The Man opère un tournant esthétique important, renforcé par la présence de Danger Mouse à la production. L’album affiche une ambition claire : concilier accessibilité pop et profondeur expérimentale. Sur ce plan, le résultat est globalement réussi – d’où ma note de 7,5/10 – mais non sans limites structurelles.
La production est d’une efficacité remarquable : textures riches, rythmiques solides, et une palette sonore variée qui donne à l’ensemble une allure à la fois dense et lisible. Des titres comme Modern Jesus ou Creep in a T-Shirt illustrent cette réussite : construction rythmique maîtrisée, mélodies marquantes, et une écriture qui combine ironie et sincérité.
Cependant, cette richesse sonore masque partiellement une certaine hétérogénéité. L’album souffre d’un manque de cohésion thématique et stylistique. Certains morceaux peinent à dépasser leur habillage sonore et donnent l’impression de simples exercices de style. Le parti pris de la diversité, s’il est audacieux, nuit parfois à l’unité d’écoute.
En définitive, Evil Friends séduit par sa finition et sa volonté d’exploration, mais laisse transparaître une tension entre l’identité du groupe et celle de son producteur. C’est un disque fort par moments, mais qui cherche encore pleinement son équilibre.