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le 10 juin 2026
SuivreBACK TO THE FUTURE IV.
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C'est un peu cliché mais, on imagine ce trio Québécois, nous accompagner lors d'un trajet voiture en bord de mer, au soleil rougeoyant de la fin de journée, toutes fenêtres ouvertes et volume maximisé. Ou encore, à faible volume, lumière tamisée et pour une épopée, disons... polissonne. À découvrir Oncle Jazz (personnellement ma porte d'entrée dans leur univers), on crois percevoir un projet musical venu de la côte Sud Ouest des États-Unis. GPS en panne visiblement. Quoi de plus opposé à la Californie que les rives du Saint-Laurent ?
D'ordre général, un concept d'album difficile à saisir : le Live Studio. C'est devenu une sorte de mode dans une industrie en crise. L'occasion de proposer des versions dépouillées, moins post-produites, bien souvent acoustiques et sans sur-ajouts de couches sonores. Disposées, généralement sur la version Deluxe du dernier opus en date. Chez Men I Trust, c'est davantage tiré par les cheveux. Les deux volumes de ces Forever Live Sessions (celui qui nous intéresse aujourd'hui, le second, tout particulièrement) n'offrent pas véritablement de chansons dénudées ou transposées par rapport aux versions initiales. Le son est aussi sec que celui d'une version studio, et pas la moindre rumeur d'un public en arrière plan. Pas même par effet de repisse dans le micro d'Emmanuelle Proulx. Et pour cause ! Si ces deux albums sont classées dans les parutions Live sur les plateformes, il n'en est rien ! L'énergie ne diffère pas vraiment des versions déjà éditées. Tout au plus, des variations de tempo sur certains morceaux, beats ralentis ou accélérés par rapport aux originaux. Quelques riffs à peine divergents. On peut voir fleurir ce genre d'entre-albums, dans une période creuse ou d'absence d'inspiration. Or, 2025 aura vu, outre cette sortie étrange, deux nouveaux albums pour Men I Trust ! Un rythme plutôt effréné de nos jours. D'autant plus bizarre, chez eux, les albums ne paraissent jamais produits à base de nombreuses couches superposées. Et si c'est le cas, ils savent le dissimuler dans une production globale aérée. Alors pourquoi ? Peut-être l'occasion d'une sorte de best-of (?). Ou la captation pure et simple, sans overdubs (vraiment ?) d'une session Rehearsals avant une tournée. Un début de réponse quand même, puisée dans un interview d'Emmanuelle à PAN M360 :
Après avoir joué des chansons pendant un certain temps, il nous arrive de trouver de nouvelles idées et de les réinterpréter différemment live. Par exemple, nous avons ajouté quelques solos qui ne sont pas dans les versions enregistrées. Si l’on en croit la réaction de la foule, ce sont généralement des moments forts en concert.
Un temps, l'on a pu penser que ce disque bouclait une boucle avant de proposer une nouvelle approche. Eqqus Asinus est paru trois semaine plus tard, dans une direction plus Folk et moins lumineuse. Mais la parution de la seconde phase du diptyque, Eqqus Caballus, refermait clairement cette hypothèse.
La tracklist de ce volume 2 est issue très majoritairement de Oncle Jazz et Untourable Album, ainsi que quelques singles parus dans les mêmes eaux, 2018-2022. Et qu'importe finalement. Le disque sonne vraiment bien. Et profitons en pour le dire, le pressing vinyle de notre côté de l'atlantique est bien minable comparé aux pressings Canadiens. Les Imports d'Amérique du nord, vieillissent clairement moins vite !
Et si je pose une chronique sur ce disque précisément, c'est simplement parce qu'il est celui qui trône dans ma collec'. Un exemplaire provenant directement de L'Oblique, disquaire indépendant à Montréal. Petit supplément d'âme très personnel du coup. Même si, je n'ai cet album qu'en garde alternée...
Ce n'est pas nécessairement ce qu'on attendrait du duo Caron/Chiriac (fondé durant les années lycée autours de la création d'instrus Dance et Hip-Hop), la Dream Pop de Men I Trust c'est aussi un groove aussi subtil que puissamment sensuel. Une évidence depuis leurs débuts il y a plus de dix ans. C'est encore plus vrai depuis l'arrivée d'Emmanuelle au chant (2015). Les lignes et le son de basse de Jessy Caron y sont aussi pour beaucoup. Si MIT se réclame également du jazz et de la funk, c'est peut-être sur la basse que c'est le plus évident.
Ce côté évanescent est accentué encore par l'effet chorus en son clair sur la quasi totalité des guitares. Le pedalboard ne doit pas être bien touffu. Juste l'essentiel pour caresser l'auditeur. Et pas seulement ses oreilles. Et ce, sans jouer de l'analogique chaleureux comme nombre de leurs collègues. Le son est capté via boites de DI au travers des cartes sons plus que par des micros et autres circuits à lampes. L'on joue plus, ici, davantage du VST que du synthétiseur vintage. Preuve que ça fonctionne, il est possible de produire chaud et organique à coûts/coups "réduits" d'électronique. Du reste comme chez Air, Still Corners ou Phénix, à qui l'on peut penser. Même si les influences citées jouent plutôt du côté de Moroder, Jamiroquai ou Sébastien Tellier.
S'ils évoluent dans un genre fournissant un nombre assez conséquent de signatures, on reconnait Men I Trust immédiatement. La raison principale c'est sans doute leur indépendance, leur façon DIY de concevoir, produire et de se vendre. Ils ont subi quelques refus de labels à leurs débuts, et ont développé leur art en parfaite autonomie. Et aujourd'hui, en rouge sur leur site web cette phrase plutôt rarissime :
We will not reply to labels, photographers or any other unsolicited services, thank you!
Parce que ce son envoutant, bien à eux, non seulement les définis, mais leur a sans doute permis de vivre de leur musique plus rapidement. Contre intuitif puisque la puissance d'un label doit permettre des éclats plus impactant sur un marché saturé. Mais pas si aberrant que ça, tant l'industrie prend trop le contrôle sur les œuvres (et les revenus !) de nos jours. Le formatage ne rend finalement pas service aux artistes. Et, ne sommes pas aussi bien servis que par nous même ? Quand on a le talent pour maitriser toute la chaine en tout cas.
Les textes aussi ont une saveur plutôt sucrée. Nul besoin de formules alambiquées ni de grande littérature. Le mot juste est bien souvent le mot doux. Et l'interprétation, sans fioriture ni performance vocale, accompagne divinement l'hypontique direction musicale générale. D'ailleurs, si dans les premières années, Men I Trust posait les paroles en amont et développait ensuite la mélodie et l'arrangement, la façon de faire s'est progressivement inversée. C'est la musique qui prime. Ce qui ne veut pas dire pour autant que l'écriture est simple question de prétexte et de construction.
Alors que penser au final de ce Forever Live Session vol.2 ? Une excellente façon de pénétrer l'univers du combo de Montréal. Peut-être moins nécessaire pour qui les connait déjà. Mais quoi qu'il advienne, un microsillons qu'il est plaisant de poser et reposer régulièrement sous le diamant.
Créée
le 17 juil. 2026
Modifiée
le 17 juil. 2026
Critique lue 4 fois
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