W.O.W.A
6.9
W.O.W.A

Album de Ghinzu (2026)

Je ré-écoutais Mirror Mirror et me demandais si nos bruxellois avaient fait suite à leur 3è opus. On annonçait un nouvel album imminent, dont la sortie avait été déjà repoussée. Nous sommes alors, à l’été… 2016 ! Quatre titres ont déjà été dévoilés sur scène à l’automne précédent, le projet à un nom, W.O.W.A. Et puis… et puis rien. Pfuuuiiiiit. Blackout. Jusqu’au 5 février 2026 et le single "Out of Control". Et W.O.W.A nous parvient enfin. Un tel Hiatus, ce n’est pas courant. La question qui s’impose d’emblée ? Sont-ce là les sessions de 2013-14 qui se sont perdues dans les couloirs du temps ? Ou l’album a été jeté, démembré, réenregistré ? Dix-sept années et aucune rupture palpable du Continuum Espace-Temps. L’industrie du disque s’étant plusieurs fois réinventée (enfin elle essaye !) depuis. La façon de concevoir, de produire et de distribuer la musique a radicalement changé depuis 2010. Osons penser qu’il s’agit-là d’un album terminé à l’époque, et oublié dans un tiroir. Ghinzu n’a pas pris une ride. Ouvrir sur un titre de sept minutes, à l’heure où la réduction du temps de chanson se voit chaque semaine davantage dans les charts, c’est culotté et ne témoigne pas d’une volonté de viser la lune. La dynamique, l’atmosphère, les sonorités, la voix de John ‘Stargasm’ Deschamps… rien ne laisse à penser qu’ils sont partis en vacances et font leur rentrée, presque deux décennies plus tard, avec sur le dos leur cartable démodé mais quasi neuf ! Rappelons que le nom du groupe fait référence à la marque de couteaux Ginsu dont le slogan était « Plus on coupe, plus il aiguise ». Pour le coup, ils n’ont rien coupé depuis des lustres, la lame sera-t-elle toujours aussi tranchante ?


C’est fichtrement bon de retrouver ce groupe, là où il nous a laissé choir. Toujours ces deux dimensions parallèles : Explosivité/Envoutement. Cette façon assez unique d’aller cueillir l’auditeur quand il ne s’y attend plus. Une linéarité faisant force. Stargasm et sa suite ne ressemblaient à personne d’autre. Et c’est toujours vrai. L’album est cohérent. Avec lui-même, avec l’esprit du groupe et avec ses grands frères. Alors du coup fallait-il revenir ? D’un point de vue commercial, ça va peut-être leur faire bizarre. L’attente des anciens fans peut faire le job dans un premier temps. Mais toucher les plus jeunes, pourrait faire flop. D’un point de vue artistique, le disque vaut le détour mais s’y arrêtera-t-on vraiment ? D’un point de vue purement scénique, on va pouvoir les revoir. Les premières dates annoncées, restent très raisonnables question tarifs et la petite balade dans l’hexagone ne se réduit pas à Paris. Loin de là. Ghinzu reste à taille humaine. D’ailleurs si Mirror Mirror paressait chez Universal Music, W.O.W.A est signé chez Play It Again Sam. Plutôt gage de qualité et de relative indépendance.


C’est dit. Passons la première impression désormais. "Out of Control", "When Other Worlds Await" et "Snow White" (second single pré-release), font très clairement le lien avec le vieux grand frère. Le second pourrait même être inclus sur le dernier disque en date. Également, des pistes de transitions atmosphériques comme par le passé ("Mathias is Gone" / "#quietluxury"). Mais "Snow White", avec son break au mellotron (enfin une simulation de mellotron) pouvait laisser présager de petites nouveautés. Pour le reste, Ghinzu s’aventure un peu plus loin et c’est (parfois) heureux. "Forever" propose une ligne de drums très intéressante, mais une mélodie un peu convenue. Et du… clavecin ? (simulé également). "Morning Light", nous mène dans une Power Pop manquant un peu de mordant et à grand renfort d’échos réparti dans la largeur stéréo. Déroutant également, "Master Bluff", se jouant allègrement du délai analogique. Pas de quoi se relever la nuit. Contrairement à "Apologies" ou "Breathless Words". Sont-ce les orchestrations de cordes, saxos et trompettes ? Cet orgue vintage ? "It’s The Law" semble aussi une incursion ailleurs… un titre peut-être un peu déroutant. Quand "Fool" ou "Death Race" nous ramènent au Ghinzu pur et dur avec des écarts de dynamique et d’intensité incroyables.

W.O.W.A ne devrait donc pas trop dérouter le fan de l’époque. Trop heureux de les voir de nouveau proposer ce rock net, fin et crasseux n’appartenant qu’à eux. Mais il faudra sans doute proposer autre chose pour ne pas faire de ce retour un simple feu de paille passé la curiosité première d’un retour aux sources. Et ça pourrait venir vite. En dix-sept ans de break, il y a de quoi accumuler un certain nombre de bonnes idées pour rattraper le temps perdu.


NeWan
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le 10 juin 2026

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