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Loop For A Time
Quand est paru Do Hollywood, en 2016, les frères D’Addario n’étaient que deux gamins sortant à peine de l’adolescence. Insolents et (pas si) innocents, ces deux-là, tapaient pourtant, artistiquement,...
le 7 juin 2026
Quand est paru Do Hollywood, en 2016, les frères D’Addario n’étaient que deux gamins sortant à peine de l’adolescence. Insolents et (pas si) innocents, ces deux-là, tapaient pourtant, artistiquement, plutôt fort. Choisissant de prendre le contre-courant. Mais s’inscrivait clairement dans une niche dont il faudrait s’extirper un jour où l’autre, pour durer. Parce qu’ils ne révolutionnent rien et se contentent de faire, avec certes, classe et brio, ce qui a déjà été fait… en 1965 ! Début de la décennie où tout a changé. Chaque groupe allait alors se réinventer, disque après disque. Les artistes (et les labels) avaient le goût du risque ! Le public allait aimer à se faire surprendre. Le modèle était... de ne pas en installer ! Mais force est de constater que, dix ans plus tard, les New-Yorkais, eux, n’ont finalement pas changé de cap. The Lemon Twigs, n’a plus le goût du risque depuis Song For the General Public (2020). Sous l’impulsion du cadet très probablement, ils ont tenté l’aventure Glam’ 70’s. Honnêtement, même co-produit par Jonathan Rado (comme le fut Do Hollywood en son temps), ça marchait nettement moins bien. Ça sentait même la fragmentation probable en deux projets solos distincts*. Hasard ou coïncidence, ils quittent alors 4AD pour Captured Tracks et semblent, depuis, produire et reproduire toujours le même disque. Là où McCartney, influence sans doute nette et majeure, n’a jamais sorti deux fois le même album (pour le pire comme le meilleur), là où Brian Wilson a souffert psychiquement de ne plus savoir se réinventer après son chef-d’œuvre de 1966, les D’Addario restent éternellement coincés dans le même microsillon. Et n’ont pas l’air de s’en porter mal. Pochettes souvent d’un gout douteux, esthétique soigneusement (et artificiellement) sixties, régularité de métronomes dans leurs parutions, album après EP, avant standalone single… Comme prisonniers d’une direction qui, à l’époque, en a fait quelques rois mais aussi enterré plus d’un.
Pourtant, ça fonctionne toujours plutôt bien. Annoncée par un single hors album six mois plus tôt (et qui ne cassait pas des briques), la cuvée 2026 n’accroche pas de prime abord. Très sucré, chansons à midinettes. Rien de nouveau sous le soleil. Mais cet opus est finalement assez addictif. Sur chaque plage une harmonie, un court enchaînement d’accords que l’on n’attend pas nécessairement et qui, pourtant, devient comme évident dès la seconde écoute. Inventifs sans ne jamais rien inventer, c’est troublant. En témoigne "Your True Ennemy", excellente plage de clôture d’une seconde face, un peu courte. La piste éponyme ouvrant l’album, ou encore "I Just Can’t Get Over Losing You", évidents pastiches des Lennon/McCartney première période. "2 Or 3" copie carbone d’un tube des Beach Boys pré Pet Sounds. "Nothin’ but You" façon Pete Townsend et un bridge à la Kinks. "Gather Round", pur jus McCartney à nouveau… Ce qui pourrait sentir un peu le rance glisse tout seul. Leur force est là. Ne jamais tenter un écart et proposer, pourtant, un album où l’ennui ne gagne pas. Mieux donc que Everything Harmony et au moins aussi bien que A Dream Is All I Know. Look For Your Mind! reste frais et assez emballant.
On aimerait quand même les voir installer quelque chose de neuf à l’avenir. Un album qui ne ressemblerait qu’à eux, débarrassé des schémas empruntés toujours aux trois ou quatre mêmes références. Pas sûr qu’ils sachent distiller de la profondeur dans leurs textes. Mais en termes mélodiques et dans leurs arrangements, la proposition peut être bien plus riches à n’en pas douter. Comme ils le firent avec Go To School en 2018. Un album plus aventureux. À condition de se limiter à un simple LP, sans concept, pour éviter les nécessaires longueurs et errances d’un disque double durée.
Ce qu’il faudrait sans doute, ce qu’il faudra probablement, lâcher les rênes de la production et du mixage ! Michael et Brian D’Addario ont fait leurs preuves à tous les niveaux de la chaîne. S’ils savent, un jour futur, se laisser diriger, alors peut-être, gagneront-ils une nouvelle dimension et de nouveaux contrastes.
À souhaiter. Où, tout du moins, à tester !
*Brian sortira bien un opus solo, mais seulement en 2025, co-produit avec son frère et son père. Ce qui n’empêchera ni une tournée mondiale de The Lemon Twigs la même année, ni ce nouvel album.
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le 7 juin 2026
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