Sorti en 2013, Graffiti On The Train marque une tentative assumée de réinvention pour Stereophonics. Délaissant en partie leur ADN rock direct, le groupe explore des sonorités plus atmosphériques, presque cinématographiques. Une orientation audacieuse qui témoigne d’un désir de maturité artistique, mais qui peine à maintenir un équilibre constant. À l’arrivée, un disque en demi-teinte, entre envolées réussies et séquences plus convenues.
Dès "We Share the Same Sun", l’album impose une texture sonore riche, aux guitares éthérées et à la rythmique contenue. L’ambiance est posée : introspective, soignée, presque élégante. Kelly Jones y conserve cette voix rocailleuse et reconnaissable, toujours aussi expressive, mais plus posée, comme si elle portait le poids du temps.
Cependant, après quelques morceaux, l’élan initial se dilue. L’album semble parfois s’installer dans une zone de confort contemplative, au détriment de l’urgence ou de la spontanéité qu’on aimait dans leurs disques précédents. Ce choix artistique peut séduire, mais il risque aussi de laisser une partie de l’auditeur à quai.
C’est sans doute dans "Violins and Tambourines" que l’album touche son sommet artistique. Le morceau s’ouvre dans une ambiance lourde et dramatique, presque cinématographique, avec des arrangements orchestraux d’une rare ampleur pour le groupe. Les violons, utilisés ici non pas comme simple habillage, mais comme véritable moteur émotionnel, dialoguent avec une ligne de chant tendue, habitée.
Le texte, plus allusif que narratif, évoque la culpabilité, la chute, le besoin de rédemption. Kelly Jones y chante « I killed a man but life is cheap » avec une intensité presque troublante, comme une confession noyée dans l’écho d’un rêve. L’apogée du morceau — cette montée en tension progressive, jusqu’à l’explosion instrumentale finale — donne à l’album une respiration dramatique et sincère qui manque parfois ailleurs.
"Violins and Tambourines" montre ce que Graffiti On The Train aurait pu être s’il avait embrassé jusqu’au bout cette ambition narrative et musicale. À lui seul, ce titre justifie une écoute attentive de l’album.
Il serait injuste de nier les moments de grâce de l’album. "Indian Summer", malgré sa structure simple, touche par sa mélancolie douce et sa mélodie immédiate. "Roll the Dice" aussi, dégage une certaine tension retenue, comme si le groupe cherchait à dire plus qu’il ne le fait réellement.
Mais l’album, dans son ensemble, manque d’unité. Trop de morceaux semblent se ressembler dans leur approche mid-tempo, dans cette volonté de “faire joli” sans vraiment trancher. Le voyage devient monotone, et l’attention finit par se relâcher, malgré des éclairs d’inspiration.
Avec Graffiti On The Train, Stereophonics n’échouent pas — ils expérimentent. Et cette démarche, même imparfaite, est précieuse. On sent un vrai désir de rompre avec une certaine routine, de chercher une autre manière de raconter des histoires en musique. C’est un album de transition, de mutation : pas encore abouti, mais riche de promesses.
Graffiti On The Train est un disque qui divise : il séduira ceux qui cherchent l’ambiance, la texture et une narration plus posée, mais frustrera ceux qui espéraient des compositions plus percutantes. Il laisse une impression étrange, comme un rêve dont on n’aurait pas tout compris mais dont certaines images persistent.
Note personnelle : 6,5/10
Un album honnête et parfois brillant, mais qui peine à pleinement concrétiser ses ambitions.