Selon la 9ème édition du dictionnaire de l'Académie française la définition de rock and roll est la suivante : "Emprunté de l'anglais des États-Unis rock and roll, de même sens, lui-même composé à partir de to rock, « balancer », et to roll, « rouler », avec une connotation sexuelle. Genre musical au rythme très marqué, né aux États-Unis, dans les années 1940-1950, de la rencontre du blues, du jazz et de la musique dite « country »". Fin de citation. A partir ou non de cette définition, tout le monde peut s'accorder à dire que R.E.M. est un groupe rock. Ca balance et ça roule avec un rythme très marqué. Mais n'en déplaise aux académiciens, R.E.M. n'est pas un groupe académique bien que les textes de Michael Stipes aient suscité moult recherches d'études universitaires. Il n'est pas incongru d'admettre que R.E.M. a bouleversé le paysage rock "alternatif" des années 1980 en assurant la jonction entre la révolution punk et le tapage grunge.
Sorti en 1988, Green est le sixième album studio du groupe. Il marque une évolution significative des empreintes sonores sur lesquelles les quatre membres de R.E.M. travaillent. Les textes de Michael Stipe, cette fois plus articulés, prennent une direction politiquement engagée notamment dans l'évocations des postures bellicistes (World Leader Pretend, Orange Crush). Green est une déclaration ou-Verte à la prise de conscience ou l'éveil des consciences sur des luttes cependant plus individuelles que collectives. Mais Green rassemble avant tout onze "pop songs" et non des protest songs comme le rappelle le premier titre qui fait ludiquement écho à la chanson des Doors. R.E.M., tout en humilité, trace quelques lignes de fuite mélodiques originales avec des instruments traditionnels et une voix à la souplesse épatante, une voix dont la trajectoire fuse pour atteindre immanquablement notre admiration. Green oscille entre des sujets légers et des tableaux plus sinistres. Entre Stand qui explore presque avec amusement les possibles chemins à prendre et Orange Crush dont les détonations rythmiques tranchées par des riffs d'une guitare lancinante nous secoue avec un texte dénonçant l'usage cynique de l'agent orange dans la guerre impérialiste menée par les États-Unis au Vietnam.
C'est à bien des égards que le rock de R.E.M. est non académique. Sa musique et ses textes explorent des territoires qu'on croyait bien connaître. Mais à écouter de plus près, en replaçant le groupe dans un contexte et un environnement qui nous échappe de plus en plus, on se rend compte de l'aspect transgressif de leur syntaxe qui a su se renouveler à chaque album.