Une batterie inversée va à l'encontre du temps. Des arpèges de guitare s'étirent et se répètent jusqu'à ne former qu'une matière diffuse. Un tremblement de terre secoue notre esprit. Des souvenirs prennent forme. Une chaleur emplit l'espace et trouble les frontières du temps. Tout ce qui vaut à présent est la sensation à l'état pur de ces souvenirs, indescriptible, transcendant le bonheur et la souffrance. Leur existence rationnelle n'a plus de légitimité face aux émotions.
Alors j'embarque sans savoir où part le navire. Et je ne laisserais pas la peur me noyer dans la solitude. Je ne perçois plus les choses de la même façon, je grandis.
La grâce que je pouvais connaître étant jeune a laissé place à un chemin précis, guidé par la sagesse. Mais lorsque celle-ci remonte à la surface, en souvenir d'un passé heureux et innocent, on veut partir loin et se libérer de ce que la maturité a apporté. On se rend compte du vide de sa vie, et le bonheur illusoire permis par les drogues ne suffit plus. On n'est rien, on n'a personne sur qui compter, et le monde en a fini de nous. Tous les sacrifices et cette souffrance pour si peu. La chute est rude, et les hélices tournent et s'éloignent au dessus de nous.
Les plus beaux moments réapparaissent une dernière fois : une cigarette fumée alors qu'un vent d'automne effleure mon visage ; la proximité de deux corps comme preuve sincère d'amour, parfaite symétrie.
Mais la chute continue. Tout ça fait maintenant partie du passé, il est trop tard pour apprendre le sens de la vie. Tout ce qui peut naître est la frustration de n'avoir pas vécu. L'ennui a laissé le temps vaincre la vie, et tout ce qui importe à présent est l'héritage que je laisse derrière moi, la trace de mon passage éphémère.
Mais il est trop tard, l'impact est proche. Alors que je Lui demande une dernière fois de l'aide pour comprendre la réalité des choses, Il me dit de rêver.
Et aux questions existentielles que je me suis toujours posé, Il me répond : "Ta gueule".