En 1992, cet album avait pris tout le monde court, même les fans du Loner. Neil était revenu avec « Ragged Glory » en 91, monument électrique avec Crazy Horse puis une tournée démentielle intégralement électrique. Neil était bien « le parrain du grunge », adulé par Eddie Veder autant que Kurt Cobain. On attendait donc qu’il poursuive dans cette voie...Ce serait mal connaître l’Animal ! Et toc, il nous offre ce qui se veut une suite à son chef d’oeuvre country folk de 1972, « Harvest ». Un album apaisé, presque épuré, comme un besoin de calme après la tempête électrique dans laquelle il avait été plongé. Et le résultat est excellent, Neil est accompagné par des fidèles parmi les fidèles comme Ben Keith, Spooner Oldham et Jack Nitzche, avec Linda Ronstadt et James Taylor dans les choeurs (déjà là en 1972!) ainsi que l’excellente Nicolette Larson, chanteuse oubliée aujourd’hui et c’est bien dommage (décédée en 1997). Nicolette avait déjà travaillé avec Neil sur "Comes A Time ", " American Stars 'n Bars" et "Rust Never Sleeps" et c'est avec une reprise de Neil, "Lotta Love" qu'elle avait connu son plus grand succès en 1978.
Et c'est vrai que plus que « Harvest », on pense aussi beaucoup à « Comes a time » quand on écoute "Goin' Back" ou "Peace of Mind", "You and Me", la plus proche de l'esprit originel de Harvest, ou "One of These Days", très belle ballade. Le morceau titre est une merveille totale et fait toujours partie de sa setlist en 2025, comme une accalmie au milieu du déluge qu’il déploie à presque 80 ans avec son nouveau groupe, The Chrome Hearts. C’est sur ce morceau que toute la salle fredonne avec lui "I wanna see you dance again, because I'm still in love with you, on this Harvest Moon". Apaisé, oui, ennuyeux, pas question car il nous propose aussi des morceaux plus rythmés (« From Hank to Hendrix », « Unknown Legend »). Il est très touchant quand il évoque la mort de son vieux chien Elvis dans "Old King". Neil garde toujours même à la campagne un peu de colère en lui, perceptible dans « War of man ». Le meilleur arrive à la fin avec « Natural Beauty », un conte écologique de 10 minutes, enregistrée live, une sorte de revisite acoustique de « Mother Earth » sur « Ragged Glory ». Neil y démontre un sens de l’épure sublime avec une guitare, un harmonica, percussion et choeurs discrets au possible. Décidément, Neil retrouvait toute sa créativité et son talent dans les années 90, toujours capable de prendre à revers le public, en ne suivant qu’une seule et unique voie : la sienne. La pochette est superbe.