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380 critiques
Critique de Heartthrob par Chourave
Tegan & Sara changent de style. Pop et électronique, toujours avec de très bonnes mélodies. C'est réussi.
le 7 mars 2013
Avec Heartthrob (2013), Tegan and Sara prennent un virage artistique qui, à l’époque, en a surpris plus d’un·e – moi y compris. Ce septième album studio délaisse le folk-rock nerveux de leurs débuts pour plonger tête la première dans une pop synthétique, brillante, presque sucrée. Et pourtant, sous la surface, les émotions restent intactes, parfois même plus brutes que jamais. Si je lui attribue un 7,5/10, c’est parce que l’album touche souvent juste, mais laisse aussi un arrière-goût de retenue sur certains aspects.
On ne peut pas parler de Heartthrob sans évoquer le choc que cette réinvention a pu provoquer. En 2013, Tegan and Sara n’étaient pas encore identifiées comme des icônes pop au sens strict. Elles faisaient partie de cette scène indie qui tenait à son intégrité sonore, avec des morceaux plus bruts, plus lo-fi. Heartthrob, en revanche, déboule avec ses synthés néon, ses refrains calibrés pour les stades, et une production ultra propre signée Greg Kurstin (producteur de Sia, Lily Allen, Adele). Un choix radical… et payant.
Car s’il y a bien une chose que l’album réussit, c’est sa production. Chaque morceau est pensé pour accrocher l’oreille sans tomber dans la facilité. Les couches de synthétiseurs ne sont jamais gratuites : elles construisent des climats, dessinent des tensions émotionnelles. Prenons "Closer" : entre sa ligne de basse groovy, ses claviers euphorisants et sa montée progressive, le morceau donne le ton. Il ne s’agit pas d’une simple tentative de hit radio, mais d’une vraie construction sonore qui épouse le thème du désir et de l’anticipation amoureuse.
Autre exemple marquant : "Now I’m All Messed Up", l’un des morceaux les plus poignants du disque. La production ici est plus contenue, presque étouffante, avec des nappes de synthé qui montent doucement en pression, jusqu’à cette répétition lancinante – Go if you want, I can’t stop you – qui résonne comme un mantra d’abandon. C’est dans ces moments-là que l’album révèle sa richesse : sous le vernis pop, l’émotion déborde.
Ce qui m’a particulièrement séduit dans Heartthrob, c’est son honnêteté émotionnelle. Tegan and Sara ne cherchent pas à masquer leurs failles derrière la pop : elles les amplifient. Les textes parlent d’amour, de rejet, de doute, avec une franchise désarmante. "I Was a Fool" reprend les codes de la ballade amoureuse classique, mais en inverse les rôles : ici, ce n’est pas l’autre qui est cruel, c’est la narratrice qui s’accuse. Le morceau évoque presque une culpabilité adolescente, avec cette intensité dramatique que la production met parfaitement en valeur.
Et c’est là, peut-être, que l’album trouve son équilibre : entre accessibilité et complexité. On peut l’écouter en fond sonore, porté par ses mélodies accrocheuses. Mais on peut aussi s’y plonger plus profondément, y retrouver des fragments de soi dans chaque morceau.
Mon 7,5/10 vient aussi d’un constat : malgré ses nombreux points forts, Heartthrob n’évite pas toujours certains écueils. Une partie centrale de l’album perd un peu en intensité – "Drove Me Wild" ou "I Couldn’t Be Your Friend", par exemple, peinent à se démarquer dans l’ensemble. La formule, bien que solide, finit par se répéter légèrement.
De plus, si la production est globalement remarquable, elle laisse peu de place à l’imperfection. Tout est tellement maîtrisé que certaines aspérités – celles qui faisaient le charme des premiers albums – viennent parfois à manquer. L’universalité émotionnelle est là, mais on aurait aimé, de temps en temps, un peu plus de rugosité, de fragilité brute.
Heartthrob est un album de transition, mais surtout d’affirmation. En osant une pop à la fois ambitieuse et sincère, Tegan and Sara prouvent qu’elles peuvent évoluer sans se trahir. C’est une œuvre pleine de contrastes : entre légèreté mélodique et profondeur émotionnelle, entre production léchée et sentiments désordonnés. Il ne m’a pas tout à fait bouleversé, mais il m’a touché, et il m’a fait danser – souvent dans le même souffle.
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