Il y a des albums qui s’écoutent, et d’autres qui se traversent — comme on traverse une nuit étoilée ou un rêve lucide. Howlin, premier souffle de Jagwar Ma, fait partie de ceux-là. Ce n’est pas un choc, non. C’est une dérive lente et lumineuse, une brume sonore qui vous enlace sans prévenir, vous berce et parfois vous secoue, comme un mirage au rythme entêtant.
Dès What Love, les tambours battent comme des cœurs impatients. Les voix se diluent, flottent, se répondent sans se presser. Chaque titre est une incantation, un mantra électro-psychédélique qui convoque les esprits de Manchester, les transes d’Ibiza, les vertiges du rock nébuleux. Jagwar Ma ne copie pas, il évoque. Il caresse les fantômes de la rave culture avec une douceur presque naïve, presque tendre.
Il y a dans cet album une beauté brumeuse, une joie diffuse. Come Save Me est une danse à la lisière du sommeil, un cri doux lancé à l’univers. The Throw monte, s’élève, s’envole dans des spirales sonores infinies, comme un vol d’oiseaux synthétiques dans un ciel de vinyle.
Pourtant, tout ne vibre pas à la même hauteur. Quelques titres se fondent dans le décor, jolis mais timides, comme des rêves dont on ne se souvient qu’à moitié. L’album manque parfois de ces pics émotionnels qui marquent au fer chaud. Il enveloppe plus qu’il ne transperce, et c’est peut-être là sa limite — mais aussi son charme.
Ce n’est pas un cri, Howlin. C’est un murmure étendu sur 50 minutes. Un souffle chaud contre la nuque. Il ne cherche pas à tout bouleverser, mais à séduire doucement. À faire hocher la tête, fermer les yeux, s’oublier un instant.
Avec ses quelques zones d’ombre, Howlin n’atteint pas le sublime. Mais il tutoie le beau, le beau simple, le beau sincère. On sent une promesse, une vision en germination. Et c’est précisément ce qui m’a touché : cette impression d’être au seuil de quelque chose, comme si Jagwar Ma n’avait pas tout dit — et que le silence entre les morceaux faisait aussi partie du voyage.
En lui offrant un 8/10, je reconnais cette œuvre comme un compagnon de route précieux. Un album à écouter les soirs de doutes doux, quand on cherche à se perdre sans se fuir. Un disque qui ne fait pas mal, mais qui fait du bien. Et parfois, c’est encore plus rare.