I Should Coco
7.3
I Should Coco

Album de Supergrass (1995)

Premier album et premier classique d’une locomotive de ce qu’on a appelé la britpop au milieu des années 90, I should coco mérite que nous nous y attardons. Gaz Coombes a 19 ans quand cette galette paraît et déjà son songwriting semble en tout point abouti. Toute la musique pop-rock anglaise des Beatles aux Kinks et consorts a été digéré. Toute les chevaux du moteur punk ont été domptés. Toutes les influences sont mélangées et se mêlent harmonieusement, réactualisées pour cette fin de siècle qui s’annoncent sous les meilleurs auspices qu’on a 20 ans à l’époque. Le groupe a notamment le don (le culot ?) d’enchaîner les changements de tonalité et/ou de tempo sans vergogne, avec une assurance qui frise l’inconscience et cela fonctionne. Ils sont tellement surs d’eux que la magie opère. Mélodiquement, harmoniquement et rythmiquement, ils font la synthèse de toute la musique pop de leurs prédécesseurs. Supergrass sont les enfants du rock anglais et même s’ils restent des nains, juchés comme ils sont sur des épaules de géants, leur vision porte au-delà de l’horizon. Nous avons le sentiment d’avoir affaire à trois jeunes gens qui, sous des abords de gars normaux du coin, maîtrisent déjà leur art à la quasi perfection. C’est une musique qui nous surprend à taper du pied. Pour bémoliser quelque peu notre propos, nous identifierons 2 morceaux dont l’absence nous nous aurait pas manqué : We’re not supposed to (le bien nommé pour le coup) et Time to go. Tout le reste est impeccable. Et puis, nous ne louerons jamais assez Gaz pour avoir remis au goût du jour les rouflaquettes.

D’un point de vue plus global, nous dirons que sous des dehors un peu concon, nous discernons dans l’enchaînement des titres une cohésion narrative. Cet album nous semble, émotionnellement parlant, être la description presque clinique d’un trip ou même d’une certaine maturation émotionnelle. Ainsi, cela commence telle une euphorie juvénile bouillonnant d’énergie communicative le temps des 4 premières chansons. C’est sucré, jeune, pop, fougueux et plein d’entrain. Ensuite, peu à peu, subrepticement, la couleur rose bonbon du début s’affadit comme avec le temps, la tonalité s’assombrit. Cela devient plus amer et salé comme les larmes du 15 février. Nous sommes en pleine descente, en limite de bad. Cela se veut plus sérieux, plus réfléchi, en un mot plus mature et adulte. L’album finit comme apaisé, le rite initiatique a été accompli. Nous étions un enfant naïf et insouciant et nous sommes maintenant un homme conscient de ce que cela implique.


Joe-Penhauer
8
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le 15 févr. 2025

Critique lue 40 fois

Joe Penhauer

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