Mark Lanegan n’a jamais été un chanteur que l’on écoute à la légère. Sa voix grave, burinée par la vie, donne à chacune de ses interprétations une densité émotionnelle rare. Avec Imitations, album de reprises sorti en 2013, il ne cherche pas à impressionner par l’originalité, mais plutôt à partager une certaine forme d’intimité, une collection de morceaux qu’il chérit, qu’il s’approprie sans jamais les trahir.
Dès les premières notes, il est clair que cet album est un projet de cœur. Lanegan reprend des classiques de crooners, de chanteurs folk ou de pop mélancolique (Nick Cave, John Cale, Andy Williams…), en y apposant sa patte : une voix caverneuse, des arrangements sobres, parfois presque dépouillés. On sent qu’il revisite ici les bandes-son de son passé, comme on feuillette un vieil album photo.
Cela dit, Imitations ne parvient pas toujours à maintenir une tension émotionnelle constante. Certaines reprises, bien que touchantes, manquent d’ampleur ou de surprise. L’hommage sincère devient parfois un peu trop linéaire, voire monotone sur la durée. Le parti pris de l’austérité sonore, s’il est cohérent, étouffe un peu l’album en milieu de parcours.
Mais il faut le reconnaître : quand la magie opère, elle opère fort. Sur des titres comme You Only Live Twice ou Pretty Colors, Lanegan touche quelque chose de profondément humain et fragile. C’est là que Imitations prend toute sa valeur : quand il s’autorise à creuser le silence, à habiter l’espace entre les notes.
Il ne s’agit pas ici de virtuosité vocale ou d’expérimentation musicale, mais de présence, de sincérité brute. Et cela, même si l’album n’est pas inoubliable dans son ensemble, mérite d’être souligné.
On ne peut s’empêcher de penser que Imitations est un album fait pour lui-même, plus que pour le public. Et c’est à la fois sa force et sa faiblesse. On y entre comme dans une pièce sombre mais habitée, avec le sentiment d’assister à une confidence, parfois un peu hermétique, mais toujours honnête.
Avec une note de 7/10, je reconnais la valeur d’un disque personnel, modeste mais sincère. Ce n’est pas le Lanegan le plus marquant ni le plus inspiré, mais c’est un Lanegan vrai, habité, qui mérite d’être écouté pour ce qu’il est : un miroir légèrement fissuré, mais qui reflète une âme en quête de beauté.