Avec ce troisième album depuis leur reformation sans Martin Carr, je retrouve les Boo Radleys après les avoir laissés quelque part à la fin des années 90, au moment de leur séparation. La redécouverte a quelque chose d’assez cruel. On reconnaît bien la signature avec ces harmonies familières entre indie pop et psychédélisme. Mais dès que la mémoire convoque les albums des années 90, la comparaison devient nettement moins charitable.
Il faut évidemment avancer avec prudence. L’album porte un sujet lourd lié au décès du fils ainé du bassiste Tim Brown. Le single Living Is Easy se concentre sur ce chagrin absolu et sur le sentiment d’impuissance qui l’accompagne : «In the 20s my child would fall. This for them, would end it all. What could I do? Nothing at all. I couldn’t break their fall ». Il serait indécent de traiter cette douleur comme un simple argument critique. Cette gravité donne au disque une sincérité qu’on ne peut pas balayer d’un revers de main.
Mais une fois cette pudeur posée, reste tout de même un constat difficile à éviter : sans Martin Carr les Boo Radleys ressemblent parfois à un puzzle auquel il manquerait la pièce qui donnait du sens au désordre. Les couleurs sont là, les contours aussi, quelques motifs reviennent, mais l’image finale paraît moins audacieuse. Sans Carr, le groupe a perdu de sa magie, celle qui transformait le chaos en euphorie et le mauvais goût possible en miracle pop.
Le disque n’est pas raté. Il est honnête, bien fait, parfois touchant, mais beaucoup trop sage. On attend la bifurcation, la sortie de route, le moment où la chanson va cesser d’être correcte pour devenir vraiment excitante. Or, trop souvent, elle reste à sa place. Le patchwork d’influences demeure mais il a perdu cette insolence qui faisait des Boo Radleys des années 90 autre chose qu’un simple groupe d’indie pop.
Alors oui, l’album s’écoute avec respect, d’autant plus que son arrière-plan intime impose une forme de retenue. Mais pour qui a connu les Boo Radleys dans leur période la plus aventureuse, ce respect ne suffit pas à étouffer la nostalgie. On ne ressort pas forcément déçu mais ramené vers les anciens disques, avec cette impression un peu ingrate que le présent existe surtout pour nous rappeler combien leurs albums des années 90 et notamment l’excellent Giant Steps avaient de panache. Bref, In spite of Everything est un album digne qui donne davantage envie de célébrer ce que les Boo Radleys furent que de s’enthousiasmer pleinement pour ce qu’ils sont redevenus.