En 1989, Stevie Ray revient de loin. Il est sorti de ses addictions, ce que le titre de cet album évoque directement. In Step, comme les différentes étapes que les alcooliques et drogués doivent respecter pour s’en sortir. Une marche après l’autre, ne pas en sauter une sous peine de retomber. Stevie était (enfin) sur le bon chemin après des années difficiles. Pour la 1ère fois, Stevie et ses acolytes, Tommy Shannon et Chris Layton (ainsi que Reese Wynans aux claviers) font appel à un producteur extérieur, Jim Gaines, réputé pour son intransigeance à l’égard des musiciens drogués. Après de la méfiance, Stevie a fini par avoir confiance et lui a avoué que c’était la 1ère fois qu’il enregistrait sans l’aide de substances chimiques. Et cet album va être son testament avec Double Trouble, sans qu’il le sache évidemment. C’est un musicien libéré et qui explore de nouvelles voies qu’on peut écouter. Le blues est là, bien sûr, impensable autrement, les reprises de Buddy Guy ("Leave My Girl Alone"), Willie Dixon ("Let Me Love You Baby") et Howlin’ Wolf (« Love Me Darlin’ ») sont formidables. Mais le funk pointe de plus en plus le bout de son nez et même du jazz à la Kenny Burrell, tiens, voilà un registre que Stevie n’avait pas encore exploré. Les originaux sont simplement fabuleux avec The house is rockin’ détonnant dès le début de l’album, Tightrope, Crossfire, des titres dont beaucoup évoquent les addictions avec des paroles signées par son vieux complice Doyle Bramhall. Et puis quand arrive le dernier morceau, là, on touche au sublime : un instrumental Riviera Paradise qui reste un chef d’œuvre absolu et qui me donne des frissons à chaque fois que je l’écoute. Gaines a aussi raconté que c’était l’effet que lui faisait ce morceau. Un musicien apaisé, avec une maîtrise incroyable de son instrument et qui s’éloigne peu à peu de ses modèles parfois lourds à porter (on pense à Hendrix bien sûr ou Buddy Guy, Albert King…) pour toucher le ciel. Gaines a raconté l’enregistrement de ce morceau : « Pour planter le décor, il était 1h du matin. J’ai baissé toutes les lumières au plus bas. Stevie regardait la sol (…). Ils ont commencé à jouer et…(…) c’était magique (…). C’est la seule prise que nous ayons jamais faite. ». Il m’est arrivé d’écouter ce Riviera Paradise dans le noir au casque et croyez-moi, ça en renforce encore plus la magie. La tournée qui a suivi a été triomphale. En 1990, Stevie a sorti avec son frère Jimmie l’album en duo dont ils parlaient depuis longtemps. Malheureusement, quelques mois plus tard, juste après un concert avec Eric Clapton, Stevie s’est tué dans un accident d’hélicoptère. Cet album est un superbe testament.