Mike Vennart, ex-frontman de feu Oceansize (1998 - 2011) mais toujours guitariste émérite chez Biffy Clyro, n'a plus grand chose à prouver. Pour autant, c'est peu dire qu'il en a encore sous le pied : sur-actif en solo, à la fois pour les besoins électro-rock du (trop discret) projet British Theatre, mais aussi (et surtout) bateleur infatigable au sein de la formation étiquetée Rock progressif bien-nommée Vennart, il ne se lasse pas de livrer d'authentiques bijoux par des voies hélas encore trop confidentielles. Retranché sur son Bandcamp et peu visible sur les plateformes de streaming, difficile de tomber sur son travail par hasard. Puisse pourtant quelqu'un ou quelque chose vous y amener, tant c'est un bonheur pour les oreilles. Ecrit et enregistré dans des conditions spartiates héritées des confinements estampillés 2020, "In The Dead, Dead Wood" est - assez étonnamment - le disque le plus abouti du groupe : on y trouve le meilleur de la vibe Post-rock inspirée de Mogwai, du headbanging sophistiqué à grosses guitares posé sur des mesures savamment décomposées et même une pluie d'éclairs popisants, nichés dans des chansons plus denses et cohérentes que jamais. L'album accomplit ainsi l'exploit d'être tour à tour atmosphérique et vaporeux, joliment doucereux, électrisant et heavy jusqu'à l'extase, tout en étant traversé de séquences mélodiques plus accessibles au tout-venant. Un sans faute en huit titres imparables, aussi complémentaires que singuliers. On se pince pour se convaincre qu'un tel tour de force aura relevé de la quasi-improvisation, ses géniteurs étant chacun coincés entre quatre murs, alors que le Covid sévit dehors.
Les fans les plus nostalgiques d'Oceansize, groupe plus volontiers progressif et labyrinthique dans ses constructions, trouveront peut-être Vennart trop direct et catchy, trop lyrique (ça ne lésine notamment pas sur les envolées vocales lâchées à pleine pression) pas assez trituré formellement, mais c'est certainement tout leur mérite d'avoir épuré la formule sans chercher à rejouer les mêmes partitions.
Le sillon était certes déjà largement tracé, mais avec "In The Dead, Dead Wood", Vennart porte sa signature musicale avec une maîtrise, une énergie, une intensité émotionnelle et une intelligence rares. Il serait dommage que ça ne profite qu'à une minorité de curieux.
A écouter : "Super Sleuth" (si on veut un truc qui dépote) ou "Elemental" (si on veut un truc qui envoûte).