En 1981, « Bulles » avait marqué le retour de Michel en France avec un gros succès (« Tam Tam », « Radio », « Je t’aime »). Alors, pour son suivant, pourquoi changer une équipe qui gagne ? Le résultat pour un an et demi de travail à Los Angeles laisse pour le moins songeur, résumant une bonne partie des travers des années 80 (son très synthétique, production léchée pour les radios et télés, le clip reléguant la musique au 2nd plan…). En tant que suite de « Bulles », « Incognito » en 1985 se révèle quand même un peu plus rock, les morceaux sont souvent construits autour d’un riff appuyé (de synthétiseur ou de basse) soutenu par une batterie programmée plutôt virile pour de la variété. Tout ça sonne très « rock FM », visant « le Top 50 » de Canal +. Et les chansons, me direz-vous, car c’est tout de même ce qu’on retient d’un album ? Bon, quelques-unes tirent leur épingle du jeu : le single "Viens te faire chahuter", "Dans la rue" et le méconnu "Graffiti" (qui rappelle étrangement "Tam Tam", variation sur un même thème ?) dans lequel son musicien Bernard Torelli possède un superbe jeu de guitare.
L’ensemble, 40 ans après sa sortie, a cependant pris un sacré coup de vieux, comme par exemple les sons de synthés un peu kitsch sur « Viens te faire chahuter ». Et puis Michel se passe de parolier sur cet album et s’il est (a été ?) un immense mélodiste, il n’est pas un grand auteur. Sur « Y’a que pas pouvoir qu’on peut », on touche le fond, même si Michel semble vouloir la jouer « blague », ça tombe à plat : «Je mets des chaussettes par-dessus mes chaussures/Pour qu'on ne sache pas où je mets les pieds/ Fini le roudoudou, c'est le temps du roudoudur, Arthur! », voilà le niveau des rimes…Faut-il rappeler que c’est l’album de l’artiste qui a interprété « La bal des Laze » ou encore « Lettre à France », "L’homme qui pleurait des larmes de verre" et « Ça n’arrive qu’aux autres » ? L’émotion semble ici aux abonnés absents. Pas désagréable mais daté. Malgré les gros moyens mis en jeu, l’album n’aura logiquement pas le succès escompté et Michel va se faire oublier presque totalement pendant 4 ans, jusqu’à sortir une de ses plus belles chansons, « Goodbye Marylou ».