Difficile d'écouter Infinite sans penser à ce qu'Eminem deviendra quelques années plus tard. Pourtant, en oubliant un instant la superstar et en se replaçant en 1996, ce premier album artisanal tient plutôt bien la route. Si j'avais acheté ce disque à l'arrière d'une voiture à Détroit à sa sortie, j'aurais probablement été ravi de la découverte.
Le morceau-titre annonce immédiatement un rappeur techniquement très solide, et Tonite montre que le disque peut également proposer de vraies bonnes chansons lorsque la production suit. Eminem sait déjà rapper, aucun doute là-dessus. En revanche, il n'a pas encore trouvé tout ce qui le rendra immédiatement reconnaissable quelques années plus tard.
C'est surtout autour de lui que les limites apparaissent. Certaines productions semblent déjà datées pour 1996, d'autres sont simplement assez rudimentaires, les feats prennent beaucoup de place et plusieurs morceaux s'étirent sans avoir suffisamment d'idées pour le justifier. Plus l'album avance, plus la lassitude s'installe, jusqu'à une dernière partie nettement moins mémorable.
Infinite ressemble donc moins à la naissance d'un grand album qu'à celle d'un grand rappeur. Tout n'est pas encore en place, loin de là, mais pour un disque aussi artisanal, le résultat reste tout à fait respectable.