Le voyage au Japon proposé par Wes Anderson permet à Alexandre Desplat de se réécrire de la manière la plus merveille qui soit, soit la fusion des percussions avec l’effet-vignette que le compositeur cultive depuis Fantastic Mr. Fox et The Grand Budapest Hotel. La musique porte tout le souffle épique et dramatique du métrage, est pensée comme dramaturgie à part entière et en dit souvent plus que les personnages eux-mêmes : ainsi la répétition des motifs musicaux précis associés à des instruments particuliers engendre un effet qui engendre une couleur qui se superpose – ou plutôt se mêle étroitement – au travail pictural de Wes Anderson. En privilégiant les pistes courtes, Desplat respecte la brièveté des formes musicales et poétiques traditionnelles ; il change chaque élément en son d’un court haïku ; son œuvre géniale s’offre donc comme collection entremêlée d’haïkus pour une oreille occidentale ravie du voyage aux mille sonorités porteuses de mille images, de mille émotions ressenties devant ce chef-d’œuvre qu’est L’Île aux Chiens.