Sorti chez Sub Pop, label plus connu pour avoir propulsé le grunge que pour ses escapades baroques, It’s Heavy in Here marque les débuts solo d’Eric Matthews, ancien membre du duo Cardinal. Un disque hors-cadre construit avec une précision d’orfèvre qui détonne dans le contexte de l’époque en optant pour une architecture pop sophistiquée, aux antipodes de l’énergie brute du moment. En 1995, alors que le monde a les yeux rivés sur Seattle, ses chemises à carreaux et ses riffs râpeux, lui débarque avec des arrangements de cordes, de cuivres et des chansons qui semblent tout droit sorties d’un carnet oublié de Burt Bacharach.
Eric Matthews poursuit ainsi son obsession pour la pop orchestrale des années 60 en la plongeant dans une atmosphère feutrée et introspective. It’s Heavy in Here est un disque dense mais pas pesant. La mélancolie est partout mais elle est belle, soignée, portée par des orchestrations magnifiques.
Chaque morceau semble cousu main, pensé comme une pièce d’un puzzle émotionnel. Et si l’album peut sembler un peu trop propre ou maniéré pour certains, c’est justement cette élégance un peu désuète qui fait tout le charme du disque.
La voix de Matthews divise. Délibérément nonchalante, elle peut sembler monotone, mais sert parfaitement le propos : une pop qui regarde vers le passé, sans nostalgie mais avec détachement. Certains y verront une faiblesse expressive, d’autres une cohérence totale avec l’écriture musicale.
En 2025, It’s Heavy in Here reste un trésor caché, un disque singulier, discret mais profondément marquant. Une œuvre pour amateurs de pop aux architectures complexes et aux ambiances tamisées. Un album qui n’a pas cherché à capter son époque mais à créer la sienne, hors du temps, loin du vacarme.