Après une série d'albums plus ou moins réussis, Sufjan Stevens retourne dans un registre plus doux et plus proche de ce qui avait fait son succès sur la fin des années 2010. Avec "Javelin", il crée un album très proche de ce qu'il avait réalisé sur "Carrie and Lowell" que cela soit dans le thème ou encore dans sa musicalité. Ici il ne rend pas hommage à sa mère décédée mais plutôt à son compagnon avec qui il semble avoir eu des hauts et des bas.
Ce qui est marrant avec cet album, c'est que d'un côté il semble vouloir réutiliser des recettes du passé. Il y a des morceaux très calmes et folks qui auraient potentiellement pu faire partie de certains de ses anciens albums tel que "So You Are Tired" ou "A running Start". Il y a des morceaux avec des influences électroniques (même si très peu présent) et des touches presque brutales comme "Goodbye Evergreen". Le côté le plus impressionnant de "Javelin" est que même s'il réutilise les recettes du passé, il les réinvente constamment, il exprime des nouveaux points de vue, raconte de nouvelles histoires, sublime tout simplement ces recettes existantes.
La ligne conductrice évolue tout au long de l'album, slalomant continuellement entre hommages à son partenaire décédé et ses multiples reflexions personnelles portées sur lui-même.
Il met en place une atmosphère très agréable bien qu'extrêmement bouleversante jusqu'à l'apothéose du projet "Shit Talk" où durant un morceau de 8 minutes, il exprime la toxicité de sa relation avec son partenaire mais aussi l'amour inconditionnel qu'il a vécu avec lui et qu'au fond il va terriblement lui manquer. Le morceau est à mes yeux tellement bons qu'il éclipse malheureusement la véritable outro de l'album.
Pour conclure, l'album est sur tous ces aspects probablement un des meilleurs de 2023, Sufjan Stevens réalise encore une fois un travail de qualité et est toujours aussi consistant malgré ses plus de 20 ans de carrière.