Il y a des artistes culottés. Notre Bashung, qui après "Gaby", sort "Play Blessures". Léo Ferré qui se détourne de la jeunesse de son public. David Bowie qui envoie en l'air sa carrure de super-star des années 80 après "Let's Dance", et tant d'autres... Et puis, y'a Radiohead. Après "OK Computer", volume triomphant aux 7 millions de vente grâce à une musique très accrocheuse... sort "Kid A", pour saluer de manière très lugubre les années 2000. Fallait oser. Il n'y a plus de chansons à proprement parler même... Et c'est la classe ultime. Entre des innovations musicales qui arrivent à produire avec trois notes et un son métallique une sonorité obsédante et fascinante comme sur "Kid A", entre cette absence culte de guitares pour des claviers froids comme l'acier et brut comme une usine, entre cette approche inédite des tourments humains à travers des envolées vocales comme dans "How To Disappear Completely", entre ce talentueux travail autour d'un minimalisme éloquent et de répétitions servant la musique au lieu de l'user (l'incroyable "Idiothèque"), entre ces murailles splendides qui ornent les tempos et rythmes subtils comme des paupières fermées pour mieux s'évader... "Kid A" est-il cependant une évasion, comme son prédécesseur ? Non... Au lieu d'être un médoc comme son grand frère, c'est plutôt un canalisateur. Il ne propose pas de solution, mais un accompagnement. Un accompagnement en lui. "Kid A", à l'instar d'un "The Dark Side on the moon" ou "Lonerism", propose un continent musical à explorer. Et c'est tout simplement addictif. Voilà le mot qui résume le mieux cet album admirable.