Cet album de 1975 est une étape sans doute nécessaire entre deux périodes charnières de la carrière de l’Iguane. Les Stooges se sont séparés en 1974 à la suite d’ultimes prestations houleuses dont témoigne le live « Metallic KO ». Tout le monde est usé physiquement et mentalement, au bord du gouffre. Iggy se retrouve à vivre à Los Angeles dans une sorte de brouillard continu, une fête infernale où se mélangent drogues dures, alcool et groupies souvent accommodantes. Son colocataire est James Williamson, le guitariste des Stooges lui aussi en bien mauvais état. Iggy s’amuse à s’habiller en femme et se fait régulièrement tabasser par les surfeurs du coin. Un jour, il se balade à Hollywood et manque de se faire écraser par un chauffard qui le traite de 'sale punk' et qui n’est autre que... John Wayne ! Vraie ou pas, c’est ce qu’a raconté Iggy avec jubilation. C’est tellement énorme qu’il est bien possible que ça se soit produit ! Iggy ne sait plus trop où il va à ce moment-là, il est même contacté par Ray Manzarek pour devenir le nouveau chanteur des Doors mais se pointe à la 1ère répétition à poil, totalement à l’Ouest et le projet tombe à l’eau. A chacun(e) maintenant d’imaginer ce que ça aurait pu donner !!! Iggy, lui, finit sans grande surprise par un séjour en hôpital psychiatrique…
C’est ensuite avec Williamson qu’il répète en 1975 et les deux deviennent potes avec Tony et Hunt Sales, deux musiciens ayant joué avec le multi-talents Todd Rundgren et futurs Tin Machine avec Bowie à la fin des années 80-début des 90. Il va sortir de ces sessions une ambiance très stonienne, loin du proto punk du 1er album des Stooges ou de la folie furieuse de « Fun House ». Non, on sait que Iggy voue une admiration sans borne à Keith Richards et on est ici dans une sorte d’ambiance qui rappelle « Exile on Main Street ». Il y développe du blues et rhythm’n’blues avec du piano, du saxo ("Beyond the Law"), divers arrangements percussifs (congas, percussions), des choeurs ("I Got Nothing"). Et la voix d’Iggy, unique, qu’on sent fatigué, au bout de quelque chose et qui délire un peu ("I Got Nothing") ou carrément émouvante sur la balade vérolée de "Johanna". Avec « Kill City », les paroles démontrent leur côté sombre, presque désespéré, à l’image de l’état d’esprit d’Iggy sans doute : « Well I live here in kill city where the debris meets the sea/ I live here in kill city where the debris meets the sea/ It's a playground to the rich, but it's a loaded gun to me/ Well I'm sick of keeping quiet and I am the wild boy/ I'm sick of keeping quiet and I am the wild boy/But if I have to die here first I'm gonna make some noise ». On voit mal l’avenir de l’Iguane alors. Les démos ne trouvent pas preneur en 75 et n’intéressent personne. Quand il était à l’hôpital, son pote Bowie était passé le voir pour le persuader de bosser aves lui. Ce sera les albums « The Idiot » et « Lust for Life » qui vont (re)lancer sa carrière solo en 1977, en plein vague punk. Et ça n’est qu’alors que l’album « Kill City » va paraître et devenant culte en influençant des artistes comme Nick Cave, Jon Spencer ou encore Slash.