Chromatics signe avec Kill for Love un album hypnotique, baigné dans une esthétique rétro-futuriste qui évoque autant les néons de Drive que les errances nocturnes d’un rêve lucide. Dès la reprise spectrale de Neil Young en ouverture, le ton est donné : ce sera lent, vaporeux, mélancolique.
La voix de Ruth Radelet, presque murmurée, donne à chaque morceau une touche de tendresse distante. C’est cette dualité qui me touche : l’album est glacé, mais jamais vide. Il y a de l’émotion, juste voilée, comme un souvenir flou qu’on n’arrive pas à saisir pleinement.
Tout n’est pas parfait : sa durée excessive (près d’1h30 !) dilue un peu l’impact, notamment sur la fin. Mais difficile de ne pas admirer la cohérence du projet, son ambiance envoûtante, et sa sincérité esthétique. Kill for Love n’est pas là pour plaire à tout prix — et c’est justement ce qui le rend si précieux.
Un 8/10 mérité pour ce disque qui s’écoute comme on regarde la ville depuis la vitre d’un taxi à 2h du matin : un peu perdu, mais étrangement apaisé.