Après l’album de Theodora, celui de Tuerie, Les Amants terribles, est mon deuxième grand coup de cœur de l’année. Ces deux projets partagent une approche résolument singulière. Tuerie, c’est bien plus que du rap : c’est un mélange audacieux de gospel, de chanson française et de hip-hop. Une œuvre à part, inclassable.
Comme pour Theodora, le premier contact est déroutant. Rien de familier, aucune case dans laquelle ranger ce qu’on entend. On est face à un album qui ose, qui cherche, qui explore, mais sans jamais tomber dans l’expérimental bancal. Rien n’est laissé au hasard. On sent que l’artiste est allé au bout de sa vision, sans compromis, livrant un disque cohérent, mûri, loin des stéréotypes du rap.
Regardez le clip de "sorcière" : l’énergie qui s’en dégage n’a rien à voir avec celle des autres artistes du genre. On sent chez lui un léger malaise dans le costume du « rappeur », comme s’il le portait sans vraiment s’y reconnaître. Sa voix haut perchée, héritée du gospel, m’a d’abord désarçonné. Je la trouvais presque grotesque. Et pourtant, comme pour Theodora, cet album m’a hanté. J’y suis revenu, encore et encore, jusqu’à en saisir toute la richesse et la singularité.
Autre élément remarquable : l’univers de Tuerie est profondément sentimental, sensible — à mille lieues des clichés du rap viriliste, où règnent la violence et la loi du plus fort. Une démarche qui peut facilement prêter à moquerie chez ceux qui restent enfermés dans un conformisme de façade, celui du « bad boy » de service.
Je n’ai que du mépris pour ces rebelles en carton, ces prétendus insoumis qui, en réalité, sont devenus les bons petits soldats d’un nouveau conformisme. Le gangsta rap, aujourd’hui, c’est ça : un cliché recyclé à l’infini. Tu penses être original parce que tu racontes ton coin et ton business ? Tu n’es qu’un rappeur de catalogue.
Tuerie, lui, fait tout l’inverse. Il prend les codes et les tord, les déplace, leur donne une autre résonance. Il insuffle au rap une profondeur inattendue, une émotion rare. Avec Les Amants terribles, il ne se contente pas de sortir du cadre : il le redessine entièrement.
Finalement, tout peut être résumé dans le décalage entre le nom de l’artiste et la musique qu’il propose. Ce que tu attends n’a rien à voir avec ce que tu entends.
Ça fait un bien fou d’entendre de vraies nouveautés.