C'est une Madonna brisée - par les critiques qu'elle reçoit en tant qu'actrice mais surtout par son divorce avec Sean Penn – qui rentre en studio en 1988, avec ses éternels camarades Patrick Leonard et Stephen Bray ; l'heure est à l'introspection, la nouvellement trentenaire s'inspire de son journal intime pour les paroles et ce qu'ils appellent « The Divorce Album » deviendra Like A Prayer, le fameux « album de la maturité ». Enfin… pas totalement…
Car si le superbe tube éponyme commence sur une ambiance religieuse, presque mystique, il revient vite sur le même groove dansant qui ont fait ses précédents tubes, avec certes plus d'ambition apportée par les chœurs gospel l'accompagnant. Et toujours, le petit parfum de scandale qui va avec, le clip représentant croix en feu et Jésus noir (alors que ça n'a gêné personne de le dépeindre en blanc). Des effigies de Madonna seront à leurs tours brûlés par des groupes religieux et Pepsi annula sa campagne de pub prévue avec elle. Le single suivant « Express Yourself » est encore un tube Dance, plus classique, qui inspirera le « Born This Way » de Lady Gaga (au point de se poser la question du plagiat) et qui avec son clip, appelle à la liberté sexuelle, voire domination féminine… donc forcément en 89, encore une controverse ! Mais controverse reste publicité bonne à prendre ; ces tubes sont numéro 1 partout dans le monde.
Le reste est moins réussi selon moi ; une collaboration avec Prince sur « Love Song » aurait du faire l’événement, le titre aurait mieux fait de rester dans leurs tiroirs, ne sortant même pas en single. Les pistes dégagent encore beaucoup de cette fausse naïveté, candeur mélodique ; cela peut donner des objets tout à fait originaux comme ce « Dear Jessie », comptine pour enfant dénotant des habituels « Till Death Do Us Part » ou « Cherish » dont elle nous aura gavé toutes les années 80. Je sauverai néanmoins « Oh Father », et vous noterez que c'est la première fois que je sauve une de ses ballades, la preuve que la belle a mûri aussi dans son interprétation, mariant maintenant technique et émotion. Les charmes de ce titre se propagent même jusqu'à « Spanish Eye », deuxième jolie ballade qui prouve que l'Espagne réussit beaucoup à l'artiste.
Like a Prayer est encore une fois trop imparfait pour prétendre au titre de pierre angulaire de la Pop mais les défauts récurrents commencent à être corrigés par la maturité naissante de la Madone, distillant de la beauté là où il n y avait avant que du fun et de la polémique. Les clips sortis durant cette période sont également de qualité (Herb Ritts ou encore David Fincher sont de la partie) et finiront d'asseoir le pouvoir iconique de la nouvelle reine de la Pop, l'album se vendant son année de sortie à plus de dix millions d'exemplaires.