Dans la (très vaste) discographie live de Status Quo, ce live de 1977 est leur 1er mais aussi de loin leur meilleur. Et il figure sans doute aussi dans les meilleurs de l’histoire du rock, dans une décennie 1970 qui en a connu de très grands («Made in Japan » de Deep Purple, « Live at Leeds » des Who…). C’est dire si le groupe de Parfitt et Rossi place alors la barre très haut, tout en énergie et chaleur. Le groupe du Frantic Four (comprenez par là les quatre membres que sont Francis Rossi, Rick Parfitt, Alan Lancaster et John Coghlan) avait connu des débuts psychédéliques pas si convaincants que ça, peinant à trouver sa voie. Et à partir de « Piledriver » en 1972, ça y est, le ton est donné, celui d’un boogie rock irrésistible, plus dur car bourré d’électricité, sans fioriture mais sincère et réconfortant. Les albums fantastiques s’enchaînent jusqu’à « Blue for you » en 1976. Alors que leur succès est énorme en Europe, c’est l’occasion d’enregistrer leur 1er album en concert, à l’Apollo Theatre de Glasgow, devant un public survolté. Rossi arrive sobrement en demandant aux spectateurs comment ils vont et là…la machine démarre à pleine bourre, impossible à arrêter désormais ! "Junior's Wailing" ouvre les hostilités, le son est excellent, la basse ronronne comme il faut et Coghlan martèle ses fûts. Le premier quart d'heure de ce Live est clairement celui d'Alan Lancaster qui va assurer le chant sur les quatre premiers titres. Les indissociables "Backwater" / "Just Take Me" (qui ouvraient l'album "Quo") enfoncent le clou et "Is There A Better Way" nous prouve encore une fois que la section rythmique du groupe est impressionnante.
Avec eux, Rossi et Parfitt sur le devant de la scène, on n’est jamais dans la vaine démonstration mais dans la pure énergie vitale et dansante que le rock’n’roll peut dégager, le truc magique qui vous fait décoller de votre canapé et bouger tout votre corps. Ça peut sembler simpliste et les détracteurs du Quo ont toujours été nombreux (lisez à ce sujet la rencontre houleuse de Elvis Costello avec Rossi en 1985 dans les coulisses du Live Aid, Costello refusant de lui serrer la main !!!), mais ça ne l’est pas. Atteindre un tel niveau d’efficacité demande au contraire une extraordinaire maîtrise et complémentarité entre les musiciens. Les moments forts s’enchaînent comme des uppercuts : "Big Fat Mama" (encore une fois écoutez l'attaque rythmique de Rick) et "Roll Over Lay Down" (mon titre préféré du groupe). Ce titre, déjà extraordinaire en studio, est sublimé en live par le combo qui nous assomme sur la partie finale juste après l'interlude "planant". "Rain" et sa rythmique de plomb nous gifle ou encore l'énorme "Caroline" (qui trouvera sa place en ouverture de concert et pour ne plus la quitter, aujourd'hui encore) et sa rythmique si simple mais si efficace. Les quelques accalmies ("Most Of The Time" et le début de "Forty-Five Hundred Times") nous apportent un peu de répit avant de se reprendre une déferlante de Boogie Rock survolté.
2 morceaux bien plus longs, sont à part et ils emportent toute la salle en laissant chaque musicien s’exprimer. D’abord "Forty-Five Hundred Times" puis "Roadhouse Blues" (des Doors) où on aura un petit clin d'œil au titre "Gotta Go Home" avec son riff principal pachydermique. Avec ce live, le Quo marquait l’histoire du rock en live mais atteignait là sans le savoir, une sorte d’apogée, le point culminant de sa « période dorée ». Dès l’année suivante, le groupe sortait « Rockin’ all over the world » et adoucissait le son boogie qui le caractérisait vers un registre un peu plus pop et qui allait, c’est vrai, rencontrer un gros succès commercial. Mais si les concerts restaient excellents, les albums studio perdaient en consistance. La séparation de ce mythique Frantic Four n’était pas très loin.