Cet enregistrement live est un indispensable dans la pléthore d’albums que B.B. a pu sortir tout au long d’une immense carrière. Et pourtant, en 1964, lorsque ce concert est enregistré, ce grand bluesman n’a plus vraiment la cote, le succès des fifties semble bien loin, la mode étant plutôt à la soul-funk de James Brown et Sam Cook. B.B. lui continue de jouer son delta blues brillant et viscéral. C’est vraiment à la fin des années 60 qu’on le redécouvrira, lui et son merveilleux jeu de guitare, quand il aura l’occasion de faire la 1ère partie des Rolling Stones. Pourtant, en live, il reste toujours aussi populaire, développant une maîtrise scénique rare. On tient là assurément son meilleur live, enregistré par une nuit pluvieuse le 21 novembre 1964 dans un petit club de Chicago. Il est introduit sur scène par deux DJ locaux très populaires, Pervis Spann et E. Rodney Jones. A partir de là, les tubes s’enchaînent avec une grande fluidité et dans une ambiance extrêmement chaleureuse. La plupart des morceaux joués sont courts, alternant tempos rapides et lents, allant à l’essentiel du blues, ne laissant pas de place au bla-bla et aux pauses.
« Every day (I have the blues) » de Memphis Slim donne tout de suite le ton. Avec « Sweet Little Angel », B.B. King rend ses fans totalement hystériques, en particulier féminines car B.B. sait avec brio jouer de son charme, son talent de raconteur d’histoires aussi (« It’s my own fault », « How blue can you get »). Sur « Worry, worry », il évoque en plein milieu les relations de couple tumultueuses et sa légendaire guitare Lucille dialogue avec le piano. La guitare devient alors l’écho de sa voix, un prolongement naturel, un procédé qu’il utilisera souvent. Mais B.B. peut aussi s’aventurer vers des territoires plus rock’n’roll avec « Please love me » ou jazz lors du final « Help the poor ». Ce live n’a connu à sa sortie en 1965 qu’un succès modeste mais sa postérité a été gigantesque. Ce disque paraît au moment de la 1ère vague du British Blues Boom et aura une influence évidente sur les tout jeunes Stones, Yardbirds, Teen Years After par exemple. L’influence que BB King a pu avoir sur Clapton, Peter Green ou Hendrix n’est pas un mystère. Cet album est par certains critiques considéré comme un des meilleurs live de blues de l’histoire, et ça n’est sans doute pas faux. BB, lui, musicien très exigeant, a émis pas mal de critiques à son égard, n’y voyant pas sa plus grande réussite artistique mais pour lui, le mérite de ce live était de faire entendre le lien très étroit qui l’unissait à son public connaisseur et respectueux, ingrédient essentiel à ce concert. Sans lui, la sauce ne prend pas tout simplement.