Cet album a de quoi faire rêver tout amoureux du jazz sur le papier : le 16 février 1977, Herbie Hancock et ses musiciens (Bennie Maupin, collaborateur de longue date de Hancock et membre des Headhunters, au saxophone soprano/ténor et au Lyricon, cet étrange synthétiseur à vent, et James Levi à la batterie) se produisaient avec l’immense bassiste Jaco Pastorius, devenu alors membre de Weather Report et menant en parallèle une carrière solo. Dis ainsi, c'est vrai qu'on fonce les yeux fermés, persuadés d'en prendre plein les oreilles. L'écoute finale est un peu plus à nuancer. L’enregistrement de ce concert visiblement incomplet (45 mn) a été réalisé par une station de radio locale. Hancock et Pastorius avaient déjà joué ensemble sur le premier album solo du bassiste sorti en 1976, et en 1978, c’est Herbie qui invitera Jaco sur son album « Sunlight ».
Le groupe interprète trois chansons de Hancock : le classique des Headhunters « Chameleon », « Hang up your Hang Ups » de l'album « Man Child » et l'indémodable « Maiden Voyage ». « It Remains to be Seen », elle, est composée par Benny Maupin. Le son de l’enregistrement est correct mais pas exceptionnel et la musique est forcément de qualité avec des musiciens de ce calibre mais elle n’est pas non plus bouleversante. Le morceau d'ouverture, « Chameleon », met en scène Hancock et Pastorius, qui riffent tour à tour sur cette ligne de basse familière et assez irrésistible. Mais, en faisant durer plus de de raison le morceau sur plus de 15 minutes, le morceau perd en efficacité et ne peut rivaliser avec la version d’origine. « Hang Up Your Hang Ups » reste une magnifique invitation à la danse et au déhanchement. Mais c’est « It remains to be seen » qui est tout de même le point d’orgue funky de cet enregistrement. « Maiden Voyage » est plus épurée, duo entre Herbie et Jaco, belle version. Bon, voilà un enregistrement à réserver aux fans absolus du pianiste et du bassiste mais malgré leur génie, ça n’est pas un indispensable, le son n’est pas irréprochable.